Mario Landerman
Lundi, 9 novembre 2009
par Mario Landerman
 

Caricature de Yannick Lemay

A (H1N1) : La grippe médiatique

Le sujet brûlant d’actualité de ces temps-ci est évidemment la vaccination contre la grippe A (H1N1).  Les médias sont pleins de reportages sur la disponibilité des vaccins, les passe-droits dont bénéficieraient certaines personnes, le désordre dans les centres de vaccination, etc.  On fait également état du manque de civisme des québécois dans l’attente de vaccin.  Mais est-ce bien leur faute?


ZoneCulture ne se penche habituellement pas sur la santé.  Cependant, en tant que citoyen visé par la vaccination travaillant dans le milieu des médias, je ne peux m’empêcher de poser une simple question.  N’en a-t-on pas trop fait?


Récapitulons brièvement les faits.  Cette nouvelle forme d’influenza fut d’abord nommée, suivant les médias, de grippe porcine ou mexicaine.  Les premiers cas répertoriés par les médias firent mention que le virus était originaire de fermes porcines au Mexique.  Ajoutez à cela que l’arrivée de cette grippe coïncidait avec une période creuse dans les événements mondiaux, et vous avez tous les ingrédients d’une manne sensationnaliste pour les bulletins de nouvelles.


Des pressions venant des producteurs de porc eurent tôt fait de faire changer le nom de ce virus pour celui sous lequel nous le connaissons maintenant.  L’Organisation Mondiale de la Santé se mit de la partie pour déclarer une pandémie, alerte de niveau six, similaire à la grippe de Hong Kong, dans les années 60.


Je crois que le sensationnalisme dont on a entouré cette maladie a beaucoup contribué à l’état de confusion régnant actuellement dans la population québécoise.  Les caricaturistes eurent la partie belle avec une telle histoire; les sceptiques aussi.  On a même parlé, en Angleterre, de “A (H1N1) parties”, où on allait dans le but d’attraper cette grippe, afin de développer une immunisation.


Récemment, je suis allé à trois reprises dans un hôpital connu du grand Montréal, et j’ai pu y constater que la paranoïa est maîtresse des lieux.  On arrive à l’entrée, on se lave les mains.  On va à l’urgence, même scénario.  On vous demande si vous toussez, éternuez, avez mal à la gorge.  Et gare à vous si vous toussez sèchement pour vous racler la gorge ; votre compte est bon!  Chaque passage entre les divers départements donne lieu à un lavage de mains surveillé.  Ponce Pilate ne pourrait qu’approuver, s’il était encore de ce monde!


Pour voir un patient, gants, blouse et masque sont obligatoires dans la plupart des cas.  Voilà une belle façon de décourager toute visite!


Nous en sommes rendus à un point où la population est carrément divisée en deux camps distincts.  Ceux qui redoutent la nouvelle grippe, et ceux qui croient qu’on en fait trop.  Du personnel en soins de santé recommandent même à certains patients de ne pas se faire vacciner.  D'autres prétendent que la virulence de cette grippe est somme toute bénigne, et ne fait pas plus de morts que la grippe saisonnière. Qui dit vrai?  Qui a tort?


Une chose est certaine : la confusion régnante n’est pas juste causée par le cafouillage gouvernemental : c’est aussi en bonne partie la faute des médias.  J’aimerais espérer que ces derniers vont tirer leçon de toute l’affaire, et être plus circonspects à l’avenir.


Yeah, right!  On se retrouvera à la prochaine grippe médiatique!

 

Caricature : YGRECK

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