Royal du Perron Mario
Mercredi, 6 avril 2011

par Royal du Perron et Mario Landerman

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TNM

Le Cycle des femmes : un spectacle en déroute


Les deux bras m’ont tombé quand j’ai appris que Bertrand Cantat serait à Montréal pour interpréter sa musique et chanter sur scène dans Le cycle des femmes de Sophocle, spectacle de son ami personnel, Wajdi Mouawad.  Je comprends que le théâtre soit aussi fait pour oser, dérouter, provoquer. Mission accomplie; avant même la levée du rideau, en fait, dès l’annonce du spectacle, la déroute est totale.


Faut-il le rappeler, dans un excès de rage et de colère, Cantat a tué sa compagne Marie, une belle et jeune actrice, née de l’union de talentueux comédiens, Nadine et Jean-Louis Trintignant. Incapable de contrôler ses pulsions destructrices, le malheureux a, à répétitions, enfoncé ses poings dans la figure de la femme qu’il aimait.  En la tuant sauvagement, il a aussi broyé la vie de plusieurs familles d’artistes. Son geste a aussi provoqué le suicide d’une autre femme, son ex-compagne Kristina Rady,  mère de ses deux enfants.


Bien que Denise Bombardier fût la première à dénigrer violemment l’initiative, l’intelligentsia n’est pas ici en cause car on n’est pas dans le domaine du rationnel.  Il ne s’agit pas non plus d’un manque d’évolution d’une société mais bien plutôt des valeurs véhiculées par celle-ci. Et ces valeurs diffèrent, d’un individu à l’autre. Les amateurs de théâtre qui annulent leur abonnement au TNM sont souvent de simples travailleurs qui aiment le théâtre.  Ce n’est pas eux, ni la société, qui ont stigmatisé Laurent Cantat.  Par une série de gestes insensés, le triste sire a fait ça tout seul, comme un grand garçon.


Toute personne a certes droit à la réhabilitation et toujours je veillerai à ce qu’on donne une deuxième chance aux détenus qui sortent de prison.  Que Cantat compose sa musique, c’est dans l’ordre des choses. Que cette musique serve à parfaire l’œuvre de Sophocle théâtralement imaginée par le «petit génie», passe encore. Mais lui faire en plus bénéficier des feux de la rampe? Quand je pense à tous les refuges qui regorgent de femmes battues, la certitude me fait ici défaut.


Puisque nous sommes dans Sophocle, choisissons nos mots : son geste insensé a été une tragédie qui  a ému et bouleversé toute la francophonie. On m’accusera de mauvaise foi mais plusieurs questions se bousculent dans mon esprit. Qui nous dit que l’artiste est vraiment réhabilité? Est-il encore dangereux? A-t-il suivi une psychanalyse pour équilibrer ses dérèglements comportementaux ? Ces questions peuvent paraître cruelles mais tuer sa blonde à coups de poing dans la figure n’est pas un geste particulièrement tendre non plus.

 

 

 

 


Lui commander des compositions musicales peut toujours aller si on estime que la musique du rocker est irremplaçable.  Quoi ? nos Pagliaro, Millaire, Charlebois sont-ils si moches qu’il faille aller chercher ailleurs? Peut-être le libano-canadien qui voyage beaucoup ne les connaît-il pas? Qui plus est, donner en prime au compositeur déchu la gloire de l’éclairage théâtral ? Pardon, il y a ici une équation qui m’échappe. Connaît-on vraiment les charges et symboles émotifs qu’une présence sur scène peut véhiculer?


Les médias rapportent que certains abonnés du TNM retirent leur appui au théâtre; c’est malheureux.   Beaucoup d’éléments sont en cause. Sommes-nous au début d’une longue saga? L’artiste, maintenant doté d’un casier judiciaire, ne viendra pas ici en touriste.  Il lui faudra détenir un permis de travail émis par Citoyenneté et immigration Canada. Aussi, il est déplorable que la Ministre responsable de la condition féminine, Christine St-Pierre refuse de se prononcer à ce sujet. 


En novembre dernier la formation bordelaise Noir Désir s’est dissoute en ces termes : «désaccords émotionnels, humains et musicaux, rajoutés au sentiment d'indécence qui caractérise la situation du groupe depuis plusieurs années.»

Je ne suis pas prude, je peux voir la nudité au théâtre. Compte tenu de la gravité de son crime, pour moi, l’indécence, c’est de voir Bertrand Cantat sur scène.

Royal du Perron

 

Le triangle infernal
Le triangle infernal du TNM, avec Marie Trintignant au centre.

 

L’affaire Cantat : Cachez ce sein que je ne saurais voir!

Ces temps-ci, une controverse, largement médiatisée, fait rage au sujet du TNM.  La décision du metteur en scène Wajdi Mouawad d’intégrer un de ses amis, Bertrand Cantat, dans la distribution de la trilogie Le Cycle des Femmes, prévue pour mai 2012 ne fait pas l’unanimité.


Rappelons brièvement le passé de Bertrand Cantat, puis les faits actuels.  Cantat, c’est le chanteur de Noir Désir, groupe français du début des années 90.  Alors que les radios étudiantes embarquaient dans le train de Nirvana, et de la musique dite alternative, du côté francophone, on n’en avait que pour Noir Désir.


Cependant, même la popularité du groupe et de son chanteur n’a pu garantir Cantat des foudres de la justice lithuanienne.  Son crime?  Voies de fait causant la mort, sur la personne de l’actrice Marie Trintignant.  Condamné à huit ans d’emprisonnement, il en sort au bout de quatre pour bonne conduite.


Ça, c’était hier.  Nous arrivons au présent, avec la décision du TNM et de Wajdi Mouawad d’engager Bertrand Cantat pour la distribution du spectacle Le Cycle des femmes, d’après Sophocle.  Pleurs, cris, et grincements de dents de la part d’une certaine intelligentsia, qui, à défaut de faire preuve de jugement, fait preuve de beaucoup de décibels pour enterrer les voix discordantes comme la mienne.


Bien que je sois d’accord sur certains des points argumentés par ces gens, tous passent à côté de points fondamentaux, volontairement ou non :


L’affaire Cantat, pour lui donner un nom, illustre peu glorieusement un trait inné chez les québécois, soit celui de refuser les deuxièmes chances aux gens avec un passé criminel.  Oubliez Cantat un moment.  Concentrez-vous sur tous ces libérés de prison qui finissent par y retourner, car la société québécoise refuse de donner un minimum de réhabilitation.  Au Québec, il est plus facile d’avoir une deuxième chance au crédit qu’une deuxième chance tout court!  On applaudit bien haut la réinsertion sociale, mais il faut que le tout se fasse hors des yeux et des oreilles des bourgeois bien-pensants. 


Et un des points au cœur du débat, c’est de mettre Cantat sous les feux, tout relatifs, de la rampe, car à ce qu’on sait, c’est qu’il n’est qu’un  maillon dans la chaîne de distribution.


Et je crois que c’est le grief qui en fait enrager plusieurs.  On veut de Cantat, oui, mais dans les coulisses, dans le sous-sol, à la billetterie, plutôt que sur la scène.  Cachez ce sein…


Depuis lundi dernier, Lorraine Pintal, directrice artistique du TNM, affronte la tempête avec un calme en apparence olympien.  Mais qu’il est dur de se retrouver au cœur d’une telle tourmente!  D’autant plus qu’à mon avis, madame Pintal fait preuve d’un certain courage d’autant plus que celui qui l’a placée dans cette situation demeure d’un mutisme déconcertant.


Ce que notre bien-aimée intelligentsia a apparemment oublié, dans sa grande sagesse et son jugement sans faille, c’est que Bertrand Cantat a payé sa dette à la société, point.  Plusieurs disent que ce n’était pas assez payé.  Fort bien, et je suis même d’accord avec eux.  Il y a eu mort, après tout.  Il ne s’agit pas du vol d’un pain au dépanneur.  Mais dans ce cas, au lieu de vous acharner sur la cible facile que représente le TNM, pourquoi ne pas envoyer vos doléances au département de la justice lithuanienne?  À ce que je sache, ce n’est pas le TNM qui a condamné Cantat à une tape sur les doigts!


Une question pour vous, lecteurs.  Si Bertrand Cantat avait purgé une peine de 25 ans, et libéré au bout du même laps de temps, le TNM aurait-il pu l’engager sans faire monter qui que ce soit aux barricades? 


Le point qui m’afflige, dans toute cette saga, c’est l’hypocrisie d’une société qui prône bien haut des discours sur la réinsertion sociale.  Mais lorsqu'il est temps de passer aux actes…c’est un tollé!


Je crois que l’affaire Cantat a le mérite au moins de nous montrer tels que nous sommes, en tant que société.  Et en tant que telle, il nous faudra prendre une décision éventuelle.  Ou nous faisons de la réinsertion sociale, ou nous n’en faisons pas!  Et si nous en faisons, il faudra traiter de réinsertion sociale pour tous les ex-criminels non-récidivistes, sans exception.  Pour reprendre une expression chère à Richard Martineau : ce qui est bon pour pitou devra être bon pour minou!

Mario Landerman

 

Comme vous pouvez le constater à la lecture de ces deux éditoriaux, cette affaire du TNM soulève les passions. C'est pourquoi nous avons monté un forum de discussion sur Facebook sur le sujet. Nous espérons que vous serez nombreux à vous exprimer sur la question. Royal du Perron et Mario Landerman seront là pour défendre, ou encore éclaircir leurs points de vue respectifs. Nous vous attendons. C'est par ici : http://www.facebook.com/#!/topic.php?uid=267147945309&topic=15746

 

Photos : Web, Mario Landerman

Vidéo : Mario Landerman

 

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