Andréa Richard
Mercredi, 20 janvier 2010
par Andréa Richard
 

Femme voilée

La laïcité et le voile

 

(NDLR) Ce texte se veut une réponse à Françoise David et Amir Khadir de Québec Solidaire.

Osons dire les vraies choses : je ne pense pas que les Québécois aient peur des étrangers. Osons le dire: c'est la religion musulmane (coran et charia) qui fait peur aux Québécois. Oui, nous avons peur que cette religion en vienne à s'implanter chez-nous de telle sorte que nous pourrions, tout comme dans les Pays-Bas, la France, l'Australie et l'Angleterre, voir les intégristes et les fanatiques de l'islam se glisser dans les hautes sphères du gouvernement pour ensuite s'imposer à notre société. Nous craignons qu'ils profitent de notre charte canadienne qui donne à Dieu la primauté sur la laïcité. Il est à noter que dans la dite constitution, Dieu est écrit au singulier. Qui est le bon, le vrai Dieu? Yahvé, dieu des chrétiens ou Allah, dieu des musulmans?

Nos peurs ne pourraient-elles être sagesse et prévention? Ne sont-elles pas préférables à la témérité issue de l'ignorance? J'en viens au port du voile. La question peut paraître anodine, mais elle est pourtant loin de l'être (voir Ma vie à contre-coran, de Djemila Benhabib).

De nombreuses femmes, musulmanes elles-mêmes (dont des amies), nous mettent en garde en nous informant du fait que les porteuses du voile sont, en général, des fondamentalistes et des intégristes. Soit les hommes les obligent à le porter, soit elles croient obéir à Dieu et plaire aux imams.

Lorsque des musulmanes me disent être libres de porter ou non le voile, j'aimerais qu'elles sachent me le prouver non seulement en le portant, mais aussi en l'enlevant dans le cadre de leur travail, lorsque leur patron le souhaite ou encore par respect pour nous, les Québécois qui les accueillons. Les lois de certains pays musulmans exigent d'une femme canadienne qui se présente chez eux qu'elle revête le voile. Pourquoi l'inverse n'apparaît-il pas légitime? Pourquoi les lois du Québec n'interdiraient-elles pas le port du voile dans la sphère publique, puisque cela va à l'encontre de nos valeurs d'égalité homme/femme? L'accommodement, pour qu'il soit raisonnable, doit s'appliquer dans la réciprocité et non à sens unique.

À mon avis, c'est encore un pas en arrière que d'attendre qu'elles soient arrivées chez nous pour tenter de les convertir subtilement en leur donnant des emplois, selon les souhaits exprimés par Mme David et M. Khadir. Nos permissivités, sous le couvert des accommodements raisonnables, ne font que renforcer leur détermination à porter le voile ou tout autre symbole religieux ostentatoires. Sans compter la culture contraire à la nôtre qu'elles transmettront aux générations futures. Voilà qui favorise la fermentation des confrontations et des guerres.

Choisir nos immigrants ne représente-t-il pas un droit? Pourquoi accepterions-nous ceux qui, nous le savons, ne veulent pas s'intégrer et adopter nos valeurs? Pourquoi prendre le risque de les voir nous imposer les leurs dans l'espoir qu'elles supplanteront les nôtres?

M. Gérard Bouchard – qui souhaite relancer le débat en jouant sur les mots «interculturalisme vs «multiculturalisme» – ne semble pas comprendre que les Québécois savent ce qu'ils veulent, qu'il n'y a ni argent, ni énergies à gaspiller pour tout reprendre du début. Il n'a pas compris que nous n'accepterons pas que les soi-disant intellectuels décident pour nous.

Si MM. Bouchard et Taylor peuvent être blâmés pour n'avoir pas profité de la chance qui leur était offerte de se rallier au peuple et de recommander que des clauses soient ajoutées à la Charte des droits et libertés pour régler cette question, j'ose espérer que Québec Solidaire ne ratera pas aussi l'occasion d'écouter et d'«entendre» la voix des Québécois. L'heure des débats est passée... nous voulons maintenant des décisions de la part de nos gouvernements.

Andréa Richard, auteure de Au-delà de la religion (Éditions Septentrion)

 

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