Royal du Perron
Jeudi, 8 avril 2010
par Royal du Perron
 

Caricature Murphy
Les commandements du pape Benoît XVI
I. VOTRE vie sexuelle est mon affaire.
II. NOTRE vie sexuelle n'est pas de vos affaires.

 

Une « amende honorable » déshonorante

(NDLR) Beaucoup de gens ont exprimé récemment leur point de vue sur le scandale de la pédophilie dans l'Église. ZoneCulture s'intéresse de près à ce dossier chaud, et aime accorder de l'espace à des auteurs et artistes souhaitant s'exprimer. Loin de la langue de bois de nos politiciens, ces derniers ont leur franc-parler. Voici l'opinion de l'un d'eux.


7 avril 2010

Ces histoires de pédophilie à répétition que l’Église catholique traîne comme autant de casseroles depuis une vingtaine d’années sont en train de miner de façon irrémédiable ce qui demeure malgré tout une grande institution. Certains seront tentés de se réjouir de la voir crouler sous le poids de son hypocrisie et de ses contradictions. Ce n’est pas mon cas.

L’histoire nous enseigne qu’à travers quelques errances graves qu’il ne s’agit ni d’occulter ni de minimiser, l’Église a aussi eu une influence civilisatrice indéniable. Je ne suis donc pas de ceux qui seraient prêts à jeter le bébé avec l’eau du bain, car j’ai de sérieuses craintes que la disparition de cette présence risquerait d’ouvrir la porte à des forces infiniment plus rétrogrades et maléfiques. À cet égard, les États-Unis constituent un laboratoire très instructif, et il ne faudrait surtout pas avoir la naïveté que les choses évolueraient différemment chez nous.

Cela dit, je suis consterné par la réaction de nos autorités ecclésiastiques qui n’ont pas l’air du tout de saisir la gravité de la situation.

Le pire scandale, ce n’est même pas la pédophilie de certains prêtres. Ce genre de situation se rencontre hélas dans tous les milieux. On prend connaissance tous les jours de cas où des personnes en autorité, que ce soient des « coachs » de hockey, des enseignants, des médecins, ont commis des gestes inacceptables envers des enfants.

Le cas des prêtres se situe cependant parmi les plus graves car, ayant « charge d’âmes », la trahison de leur vocation n’en est que plus impardonnable. Mais lorsque l’Église se fait leur complice en les ménageant pour soi-disant « éviter le scandale », ou par « charité chrétienne envers de pauvres pécheurs qui ont aussi droit à la miséricorde », elle trahit sa mission envers ses fidèles. Ça, c’est un autre scandale, infiniment plus grave qu’un cas individuel, car il met en cause toute l’institution

Et plus encore, lorsque l’Église, prise dans le tourbillon des médias, prend enfin conscience de ce qui se passe, on se retrouve en face d’un troisième scandale. En effet, l’Église ne se prétend-elle pas la référence ultime en matière de morale ? Comment se fait-il qu’il soit nécessaire de lui « frotter le nez dedans » pour qu’elle découvre enfin la lumière ?

Dans les circonstances, l’entrevue donnée ces jours-ci par le Cardinal Marc Ouellet, primat de l’Église canadienne, est absolument pitoyable. À l’entendre, l’Église doit faire « amende honorable », le tout dit sur un ton presque badin, comme pour banaliser les faits, et surtout passer vite à autre chose.

D’abord le mot « amende » n’a aucune commune mesure avec la gravité de la faute commise par les prêtres déviants et les dommages subis par les enfants et leurs familles. Ensuite, cette « amende » n’a absolument rien « d’honorable ». On ne peut pas mettre sur le même pied la faute commise de bonne foi pour laquelle une « amende honorable » est parfaitement de circonstance, et l’infamie des prêtres et de l’Église qui trahissent pour les uns leur vocation et pour l’autre sa mission.

Le Cardinal Turcotte, sur un ton beaucoup plus approprié, a parlé du besoin pour l’Église de « demander pardon ». Il faut croire qu’il est beaucoup plus proche de son monde et saisit mieux et l’humeur du moment et la gravité des circonstances.

En fait, au point où les choses en sont rendues, le Pape devrait ordonner rapidement la réunion d’un consistoire extraordinaire de tous les évêques à Rome, au cours duquel il prendrait la tête d’une procession où, tous revêtus de la bure et de la cagoule des pénitents, ils marcheraient en prière en implorant le pardon, depuis la basilique Saint-Pierre au Vatican, jusqu’à celle de Saint-Jean-du-Latran, dans Rome, qui relève du Pape lui-même.

En effet, l’Église doit assumer pleinement et publiquement sa faute dans un contexte empreint de la plus grande solennité. Dans la hiérarchie des rituels de l’Église, ce que je propose serait sérieux et correspondrait à la gravité de l’offense.

Et Benoît XVI, pour ne pas avoir pris suffisamment rapidement la juste mesure de la situation et les mesures correctives nécessaires, devrait comprendre qu’il a, ce faisant, achevé de réduire en miettes ce qu’il restait du dogme de l’infaillibilité pontificale, et démissionner.

Mais n’y comptez pas trop.

Richard LeHir. vigile.net Tribune libre.
 

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