28 avril 2008 par Royal du Perron


Nathalie Simard et le Québec : c’est fini ?


Nathalie Simard a souri pour notre photographe quelques jours avant
de rendre publique sa décision de quitter le show-business.
(Photo : Roland de Québec)

Nathalie Simard a réservé une double surprise à ses fans et à tous les Québécois, en l’espace de quelques jours; non seulement a-t-elle annoncé qu’elle quittait le show-business mais on a également appris qu’elle avait quitté le Québec.  La rumeur veut qu’elle se soit réfugiée sous les Tropiques avec sa fille Ève, encore adolescente.  

Ayant été agressée par son impresario à l’âge de 11 ans et dans les nombreuses années qui suivirent, Nathalie Simard n’a pas eu de vie normale en tant qu’enfant ni en tant que femme.  Elle avait pensé qu’en se racontant à Michel Vastel qui publia Briser le silence,  le tout allait rentrer dans l’ordre.  Mais ce n’est pas aussi simple que cela, vous diront tous les psy de la terre. Quand on vit une telle expérience, on demeure marqué –brûlé au fer rouge –  et il ne suffit pas de dénoncer avec fracas pour recoudre les déchirures de l’âme.


En octobre 2006, Nathalie Simard avait soutenu par sa présence
et son expertise la Conférence du Millénaire. (Photo : Mario Landerman)

On le sait, Nathalie a mis sur pied une fondation qui porte son nom, pour soutenir de façon tangible les victimes d’agressions sexuelles. Elle donnait des conférence en plus de soutenir certaines autres causes comme la lutte contre les inégalités, lors de la Conférence internationale du Millénaire auprès de l’ex-président américain, Bill Clinton.

Un chroniqueur culturel commentait récemment à la télévision ce double départ en disant que les femmes du Québec avaient jugé très sévèrement l’artiste, estimant «que Nathalie avait manigancé dans l’unique but de faire de l’argent».   Allô ?

Il suffit de lire les groupes de discussions pour se rendre compte de la véracité de ces faits.  Plusieurs femmes ne croient pas Nathalie Simard et elles estiment que ses déboires ont été nettement exagérés et que si elle a nourri la bête médiatique (livre, émissions de télé, entrevues dans les magazines, documentaires…) c’était pour doubler son capital de sympathie, engranger les dollars et assurer ses arrières.  Je suis déconcerté devant jugement aussi catégorique, mesquin et rétrograde.

On sait à quel point les artistes sont sensibles. Se faire dire en pleine rue qu’on est une menteuse, se faire crier des noms, (croyez-moi, au Québec, on est capable du meilleur comme du pire), ajouter aux 25 ans d’agressions des relations amoureuses difficiles, une famille artistique exclusivement composée de petites chapelles, un grand  frère artiste et une famille biologique qui ne vous parle pas, un public qui boude vos salles et vous aurez un faible aperçu du désarroi qui peut amener une artiste à vouloir s’exiler.

Le Québec me tue, a écrit en 1994,  Hélène Jutras, une enseignante dans la vingtaine. Par la suite, plusieurs autres compatriotes ont souvent corroboré cette affirmation.

Quoi qu’elle fasse, aussi surprenantes que soient ses décisions, jamais je ne pourrai juger Nathalie Simard.  Ma sympathie lui est acquise car je n’oublie pas qu’à l’âge de 11 ans, sans surveillance et protection parentale, elle a été tuée par un homme en position d’autorité. Je n’oublie pas non plus qu’encore enfant, elle a été projetée sous les réflecteurs desquels elle peut désormais s’éloigner quand bon lui semble.

Photos : Roland de Québec, Mario Landerman