Mario Landerman
Lundi, 9 mai 2011
par Mario Landerman

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Nathalie Elgrably-Levy

Lettre à Nathalie Elgrably-Levy

Madame Nathalie Elgrably-Levy,


Je me présente, rédacteur en chef d’un magazine culturel sur l’internet, nommé ZoneCulture (www.zoneculture.com).


Je suis absolument sûr que, du haut de votre tour d’ivoire, vous n’avez jamais entendu parler de ce magazine, et de sa petite équipe.  Je vous éviterai également beaucoup de maux de tête ; ne nous cherchez pas sur les listes de subventions.  Nous ne recevons aucune subvention, fédérale, provinciale, ou même de Québecor.


Cela étant établi, laissez-moi vous dire ce que toute notre équipe, à ZoneCulture, a en commun : l’amour de la culture et de ses créateurs.


Depuis 2006, année de sa fondation, notre magazine s’est donné entre autres mandats de contribuer à faire connaître des artistes émergents, ce que nous continuons  de faire, cinq ans plus tard. Et c’est loin de finir, car nous sommes des gens passionnés.
Dans votre plus récente chronique, celle qui suscite de nombreux commentaires, vous mentionnez ceci :


« Je serai franche, au risque d'être politiquement incorrecte. Il n'existe que deux raisons pour lesquelles un artiste vit dans la misère. La première est que son talent n'est peut-être pas en demande. La deuxième est qu'il est peut-être tout simplement dépourvu de talent. Dans un cas comme dans l'autre, le public n'est pas disposé à consacrer son argent à l'achat du produit culturel proposé. »


Votre opinion, marquée au coin d’un mépris qui sied mal au sourire que vous arborez sur votre photo, a un autre défaut majeur : elle repose sur des faits non vérifiés, pratiquement tout juste dignes d’un de ces magazines que l’on retrouve en grappe aux caisses des supermarchés.  J’espère ne pas trop vous choquer en mentionnant qu’une bonne partie de ces magazines, qui alimentent les conversations de salon d’une certaine élite culturelle, viennent de l’entreprise qui vous emploie, Québecor.


Cette même entreprise, subventionnée à coups de  millions de dollars, selon les dires de votre confrère Pierre Duhamel, blogueur et chroniqueur économique  à LCN.

Or, je suis sûr que Québecor ne reçoit aucune subvention pour encourager le talent de chanteur de son PDG, n’est-ce-pas?


Laissez-moi vous raconter un petit fait divers, qui pourrait vous éclairer utilement sur le talent et la richesse des artistes.  Mon histoire commence dans une galerie parmi les plus huppées de Montréal.  ZoneCulture avait reçu une invitation pour y admirer la dernière « production » du peintre vedette, et propriétaire de la galerie.  L'artiste en question avait également invité, dans le plus pur style des dames patronnesses du temps jadis, sa « pauvre », soit une peintre peu connue.


Je fus peu impressionné par le « talent » de la vedette.  Pour reprendre un cliché très populaire, quoique souvent utilisé à mauvais escient, il s’agissait de toiles qu’un pré-adolescent aurait pu peindre dans un cours d’arts plastiques.  Quant à la « protégée », quel talent, quel éclatement de couleurs et de formes!  Des toiles qui s’affichent sans pudeur, avec un raffinement des textures, faisant du même coup paraître la production de son « mentor » bien terne.  Un résultat qui, je suis sûr, avait nullement été prévu.


La morale de l’histoire?  Le talent se trouve partout, même très souvent chez les artistes pauvres.  Un artiste riche n’égale pas toujours une explosion de talent.   Dans le fait divers qui nous occupe, le peintre-vedette a une riche clientèle d’amateurs, pour qui l’argent remplace le bon goût.  La vanité de payer plusieurs milliers de dollars une toile monochrome dont les couleurs s’agencent au divan du salon en dit malheureusement peut-être autant sur les amateurs que sur le peintre.  Une réputation, un talent et une appréciation surfaits, en somme.   Et devinez où vont le plus souvent les subventions gouvernementales à la culture?  Dans les poches de plusieurs de ces artistes, car on part du raisonnement suivant : il est connu, donc sans risques de le subventionner.  On subventionne rarement les artistes émergents, sous le fallacieux prétexte qu’ils ne représentent pas des valeurs sûres.


Dans le milieu artistique, comme dans tous les milieux, il existe des réputations surfaites.  Vous devriez le savoir, vous qui en côtoyez à la journée longue…


Bon surf, madame !


Mario Landerman
Rédacteur en chef
ZoneCulture (www.zoneculture.com)

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