Lundi, 11 août 2008
par Royal du Perron

De l’hégémonie des relationnistes

Quand j’étudiais en relations publiques à l’Université de Montréal, il y a de cela bien des années, nos professeurs nous disaient qu’un bon dossier doit être apposé du sceau de la sincérité et de la franchise.  Nul ne peut aller bien loin en ce domaine, ajoutaient-ils, s’il base ses assertions sur le mensonge et l’hypocrisie.  Un bon relationniste doit être franc et sincère, disaient-ils, poli et direct, loyal et discret, tout en étant terriblement efficace.    Ça, c’était il y a 30 ans mais les temps ont bien changé.

Ces dernières années, j’ai côtoyé la plupart des relationnistes ou directeurs de boîtes de communications, royaume des Mères supérieures, s’il en est un.  Inutile de les nommer, elles se reconnaîtront.  S’il reste encore des firmes sérieuses et compétentes dans ce domaine, la bonne partie d’entre elles laisse grandement à désirer.  Des dossiers bâclés, des rendez-vous ratés, des propos carrément mensongers livrés avec le sourire pepsodent de l’hypocrisie. 

Liste blanches, grises et noires, les journalistes voient leur nom passer de l’une à l’autre sans même savoir pourquoi.

De plus, ces relationnistes refusent toute confrontation directe, aussi polie soit-elle, y allant de mensonges et de mauvaise foi qu’un enfant de cinq ans aurait honte à imiter. Quand, dans le but de clarifier un malentendu, ZoneCulture a demandé quelques minutes de son temps à la directrice d’une maison de communications, elle a refusé le dialogue et a mis le nom du média sur sa liste noire.

Selon le journaliste et auteur, Réjean Tremblay, les relationnistes donnent peu d’informations dans leur communiqué dans l’unique but de voir ces quelques miettes dans le journal ou à la télé.  Les dossiers fournis par eux sont de moins en moins étoffés, de plus en plus minces. Au spectacle d’une chanteuse au Casino de Montréal, le dossier de presse remis aux journalistes contenait une seule feuille, le pacing des chansons.

Nathalie Petrowski relate ceci dans sa version des faits de la célèbre altercation avec Annie Girardot : « Les journalistes n’ont pas beaucoup d’outils pour exercer leur métier en liberté.  Ils rencontrent des gens à longueur de journée, à qui ils doivent soutirer un certain nombre de propos et d’informations.  Leur rencontre est artificielle.  Ils ne connaissent pas ces gens et ne les connaîtront probablement jamais.  La plupart du temps, ces gens essaient de les manipuler et de leur vendre leur plus belle image.  Les informations qui sont communiquées sont donc partielles, partisanes et incomplètes.  La plupart du temps, c’est de la frime, du bonbon, du patinage professionnel. »  Plus ça change, hélas, plus c’est pareil.

L’an dernier, dans un important festival, nos accréditations contenaient des erreurs et quand nous avons demandé poliment si on pouvait les rectifier, on s’est fait rabrouer par le directeur du service de presse.   En revanche, un site internet a publié des photos avec légendes calomnieuses envers les artistes invités à ce même festival, et la boîte de relations de presse a regardé ailleurs, préférant chercher des poux à des journalistes voulant faire une couverture honnête.

Quand, dans une conférence de presse, on pose les vraies questions, i.e., êtes-vous sûr que le film sortira à la date prévue ? – on se fait mettre sur la liste noire.  Et pourtant, la suite des événements  a prouvé que notre question était des plus pertinentes.

On a rapporté que le journal Le Devoir s’est fait refuser des billets en service de presse parce qu’il a omis de parler d’un spectacle au Centre Bell avant qu’il n’ait lieu.  Les exemples de la sorte fourmillent dans ce secteur.  Beaucoup de grands communicateurs, maintenant à la retraite comme Hughette Proulx ont toujours proclamé haut et fort que le milieu des communications au Québec est des plus «sauvage». De nos jours, ce n’est plus sauvage, c’est la jungle.  Le credo des relationnistes semble être l’ancien «Crois ou meurs» de la sainte mère l’Église face aux fidèles.  De vieux relents de jansénisme judéo-chrétiens ?

Lors d’une conférence de presse, il faut se tenir tranquille et montrer qu’on est bien docile. Ceux qui sont au service de gros médias comme La Presse ou Radio-Canada évitent soigneusement de faire des vagues et protègent leurs arrières, ce qui leur permet de rester dans les bonnes grâces des relationnistes et surtout de leur patrons.    Au Québec, c’est bien connu, «tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.»

Vous avez compris que le mot d’ordre tacite est de ne pas faire de vagues car en notre beau pays, on navigue en eaux calmes.  Un média comme ZoneCulture, libre-penseur par excellence, est considéré un peu comme une menace car il n’a rien à perdre à dire les vraies affaires.  C’est pourquoi les incertains, les grands inquiets et les insécures préfèrent l’écarter pour démontrer qui porte les culottes!

Des journalistes et chroniqueurs ont été gracieusement invités à voir le même spectacle hors frontières trois et même quatre fois alors que certains autres n’ont reçu absolument aucune invitation en ce sens. 

L’an dernier, à la conférence de presse de clôture d’un autre important festival, on a présenté un montage vidéo des meilleurs moments.  Notre caméra a capté ces images et nous les avons publiées dans notre média via le moyen de transmission habituel pour ce genre de documents : YouTube.  Eh bien, un an plus tard, nous avons reçu un ultimatum de retirer ce document de nos fichiers car le Festival prétendait en détenir les droits.   Ce qui est vrai.  Mais les images avaient été présentées publiquement à des journalistes dûment convoqués en conférence de presse.  De plus, aucun avertissement n’avait été donné de ne pas diffuser ces extraits lors de la conférence. Pourtant, le document visuel que nous avons rendu public donnait le crédit à qui de droit. Vous voyez un peu le genre ?

Je pourrais citer maints exemples de l’utilisation – lire manipulation – des journalistes par les relationnistes.  Mais il semble que cela ne marche que d’un côté. De plus en plus, les journalistes ne sont bons que pour nourrir la bête commerciale et faire résonner la caisse enregistreuse.  

Photos : Web