Royal du Perron
Mercredi, 13 mai 2009
par Royal du Perron
 

Amadeus

Amadeus :  de calibre international

 

DERNIÈRE HEURE : Jusqu'au 6 juin,  Marc Beaupré remplace avec brio Benoît McGinnis absent des planches pour des raisons de santé.


Dans la Vienne du XVIIIe siècle, à la cour de l’Empereur d’Autriche, Wolfgang Amadeus Mozart et Antonio Salieri croisent le fer.  Celui-ci, maître de chapelle discret de l’Empereur, est sans génie, celui-là,  ostentatoire et grossier, est un prodige.  La dualité des deux légendaires compositeurs est bien connue. Dans un crime passionnel, on tue par jalousie.  Mais tuer quand on est jaloux du talent de l’autre ? C’est bien ce que l’auteur britannique Peter Shaffer a voulu démontrer.  La pièce, écrite en 1979, a connu un immense succès et le film qui en est tiré, sans doute encore plus.


Benoît McGinnis rend parfaitement bien le personnage loufoque d’Amadeus, génie de la musique, turbulent et grossier. Ses loufoqueries et son langage outrancier le suivent partout, qu’il soit chez lui ou dans les salles d’apparat de Joseph II, frère de Marie-Antoinette et fils de Marie-Thérèse d’Autriche.

Amadeus


Michel Dumont livre un étonnant Salieri criant de vérité.  C’est un acteur de style «hollywoodien». Sa palette est de plus en plus large.  C’est notre Brando à nous. Dans Amadeus, il est présent de la levée à la tombée du rideau, passant par toute une gamme d’émotions : l’orgueil, l’envie, la jalousie, le désir, la colère, le désarroi, le ressentiment, la vengeance, la haine...  Pendant plus de deux heures, Dumont joue avec une parfaite maîtrise, rendant visible l’âme torturée d’un Salieri dévoré par une jalousie meurtrière. 


Jean-Pierre Chartrand interprète magnifiquement bien le Comte Orsini-Rosenberg, directeur de l’Opéra, ce gentilhomme entièrement voué aux œuvres serviles afin de plaire au roi. On a su donner un petit quelque chose de clownesque à son costume (où est-ce la façon dont il le porte?) et c’est franchement très réussi.  Robert Lalonde est tout aussi fameux dans le rôle du Comte Von Strack.  Pascale Montreuil incarne Constance, l’épouse délurée de Mozart qui n’hésitera pas à offrir ses charmes à Salieri. En fait, aucune erreur de distribution chez les acteurs. Même les entrées et sorties de scène des colporteurs sont réglées avec la précision d’une partition musicale. Il y avait danger que la superbe musique de Mozart devienne un personnage en soi et atténue la rivalité Salieri/Amadeus mais l’écueil est évité : on ne l’entend que pour soutenir le propos.

Amadeus


François Barbeau, assisté de Pierre-Guy Lapointe a habillé les personnages de bien juste façon. La scénographie et les savants éclairages sont pures merveilles. Tous les éléments de cette pièce, longue et difficile à monter (plusieurs lieux, divers niveaux de langage) se mettent en place comme par magie grâce au talent du prestidigitateur René-Richard Cyr à la mise en scène, qui nous transporte dans un autre univers, un autre siècle, avec grâce et finesse. Amadeus restera une pièce marquante chez Duceppe et aura donné à Dumont un des grands rôles de sa carrière. Quelle chance d’avoir à Montréal du théâtre de qualité comparable à celui de toutes les grandes scènes du monde.


À voir absolument.


Amadeus de Peter Shaffer, mise en scène et adaptation par René-Richard Cyr, avec Michel Dumont, Benoît McGinnis, Constance Weber, Jean-Pierre Chartrand, Robert Lalonde, Frédéric Paquet, Denis Roy, Guillaume Baillargeon, Marc Beaupré, Geoffrey Giguère et Étienne Pilon.
À la Compagnie Jean-Duceppe jusqu’au 6 juin.
Billetterie PDA : (514) 842-2112


Pour en savoir plus : www.duceppe.com

 

Photos : François Brunelle et Marie-Claude Hamel

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