28 mars, 2007

par Mario Landerman

Dès sa création à Jonquière au printemps 2006, la pièce L’Amour selon Brigitte Morin, du jeune dramaturge Gervais Bouchard, suscita les commentaires de la critique. 

Une chaise.  Voilà tout le décor dans lequel évoluera la comédienne Christine Harvey.  Dans un monologue bouleversant, elle interprète le rôle d’une femme des plus ordinaires, des plus anonymes. Une préposée aux bénéficiaires.  Une femme que personne ne remarque. Une femme sans artifices, qui vit une douleur déchirante : un chagrin d’amour, la plus ordinaire des souffrances, mais aussi la plus cruelle.

Cette pièce peu banale et remplie d’émotions, mise en scène de Stéphane Saint-Jean nous rappelle que l’amour, mot tellement galvaudé au point d’en devenir un terme bien ordinaire, n’est jamais quelconque pour celui ou celle qui le vit.

Brigitte Morin nous fait voir sa routine quotidienne, exécutée d’une façon presque mécanique, robotisée.  Les failles apparaissent peu à peu dans cette armure, laquelle pourrait être représentée par son uniforme de préposée aux bénéficiaires.  Car, à la fin de la pièce, lorsque qu’elle accepte pleinement ses émotions, elle retire en même temps son armure.  On la voit se déconnecter de plus en plus de la réalité.  À noter ici l’utilisation intéressante des quelques accessoires pour suggérer le temps de la journée.  Mais manger des céréales détrempées doit être dur pour la comédienne!  (Pour savoir le pourquoi de cette remarque, il faut voir la pièce!)

Le monologue de Brigitte Morin, à mon sens, est une merveille de manipulation de l’auditoire.  L’amour traité dans ce dernier en est un qui fera grimacer les petits bourgeois.  On découvre petit à petit les tenants et aboutissants de cette histoire d’amour singulière.  L’émotion qui se dégage de tout le procédé fait qu’on finit par sortir du théâtre en se posant des questions sur les formes que peuvent prendre l’amour.  Et le but de toute bonne pièce, n’est-il pas de susciter une réaction de l’audience?

Même la grandeur, plutôt réduite, de la salle où la pièce est jouée contribue à donner cette intimité entre le personnage et les spectateurs.  Ce n’est réellement pas une pièce pour une scène conventionnelle, car cette dernière érige trop souvent une barrière entre personnages et spectateurs.

Christine Harvey n’est pas femme à ne pas relever le défi de Brigitte Morin.  Sortie de l’École supérieure de théâtre de l’UQAM en 1988, Christine Harvey participa à plusieurs productions, tant au théâtre et au cinéma qu’à la télévision.  Au théâtre, elle a joué entre autres la femme dans  La Voix humaine  de Jean Cocteau et The Daugther dans Solitaire  de Robert Woodruff Anderson (mise en scène par Élise Ménard), et a interprété le personnage d’Alice dans Deux Folles, un projet de mariage et un pot d’arsenic sous la direction de Stéphane Saint-Jean.

Gervais Bouchard a travaillé comme journaliste, éditorialiste et nouvelliste, et poursuit présentement une maîtrise en littérature.  Son œuvre de dramaturge compte les pièces Deux Folles, un projet de mariage et un pot d’arsenic (Salle André Pagé, 2001), et Les Grandes Vacances (La Licorne, 2002 – Festival vue sur la Relève, 2002 – FAIT, 2003). En 2003, il participe à l’événement  Envisager Cocteau (La Voix humaine) présenté au Théâtre La Chapelle.

Co-fondateur et directeur artistique du Théâtre de la Névrose!, Stéphane Saint-Jean est entre autres l’auteur et le metteur en scène de White Trash, spectacle qui a valu à sa compagnie une nomination à la Soirée des Masques 2000 dans la catégorie Révélation de l’année.

Il s’est fait remarquer au cours des dernières années avec une autre de ses créations, 27 juillet 1997 (Y’ faisait pas beau), spectacle présenté en 2001, puis lors de l’événement Envisager Cocteau (La Voix Humaine) au Théâtre La Chapelle à l’automne 2003. En 2005, toujours sous la bannière de sa compagnie, il met en scène Noces de Sang de l’auteur espagnol Federico Garcia Lorca. L’automne dernier, il signait la mise en scène du spectacle Trois à l’Espace Libre. Il travaille actuellement à l’écriture d’une nouvelle pièce qui aura pour titre Wyoming.

L’Amour selon Brigitte Morin vaut la peine d’être vue.  Pour entendre parler de l’amour comme on le fait peu souvent au théâtre.  Mais aussi, pour voir une pièce qui, je le prédis, fera encore partie du répertoire québécois pour de nombreuses années à venir.  Car le thème de l’amour est éternel, et ses déclinaisons aussi.

L’Amour selon Brigitte Morin est présentée du 27 mars au 7 avril 2007 à l’Espace Geordie de Montréal (4001, rue Berri, Montréal, 514-845-9810) et les 26 et 27 avril 2007 à Arts Station au Mont-Saint-Hilaire.

Photos: Mario Landerman