Céline de la Roche
Mercredi, 11 mai 2011
par Céline de la Roche

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Michel Tremblay, à toi pour toujours

 

À toi, pour toujours, ta Marie-Lou fête ses 40 ans au Théâtre du Nouveau Monde (TNM) dans une nouvelle mise en scène de Gill Champagne. Retour dans le Québec des années 60, au cœur d’une famille de prolétaires qui se noie dans l’enfer de son quotidien. Souvenir d’une époque avant la Révolution tranquille qui retentit dans nos racines et notre mémoire collective.

Dix ans après le tragique accident de voiture qui a tué leur parent et leur petit frère, Manon (Evelyne Gélinas) et Carmen (Dominique Quesnel) se revoient pour la première fois. L’une vit emprisonnée dans le souvenir d’une mère étriquée par la religion et d’un père alcoolique, alors que l’autre a trouvé son salut dans la chanson western. À toutes les deux, elles vont faire resurgir d’outre-tombe Marie-Lou (Marie Michaud) et Léopold (Denis Bernard), et revivre les cris, les disputes, la douleur, la folie de leur enfance.

Michel Tremblay a écrit cette pièce lors de la crise d’octobre 1970, voulant parler d’un Québec « confronté à deux perspectives d’avenir : l’espoir et la résignation » personnifiées par les deux filles du couple. Leur mort marque la fin d’une période, le sort du Québec restant entre les mains de la nouvelle génération. Loin de faire du théâtre politique, l’auteur a signé avec A toi, pour toujours, ta Marie-Lou une tragédie avant tout « sociale ».

 

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Deux temporalités, le passé (1961) et le présent (1971), s’entrechoquent dans un quatuor de voix hurlant misère, rancœur et désespoir. Michel Tremblay s’était inspiré du milieu pauvre de Montréal où l’isolement social a fait, et fait toujours des ravages quarante ans plus tard. Ses thèmes sont universels et résonnent encore : alcoolisme, solitude, manque d’amour et de communication, frustration sexuelle, et la religion, bien sûr très présente dans les années 60.

Gill Champagne a repris le même procédé métaphorique qu’il a utilisé il y a dix ans lors de sa première mise en scène de la pièce : une scène inondée d’eau sombre, sorte de marécage de l’au-delà dans lequel Marie-Louise et Léopold pataugent et errent avec le fantôme de leur fils, sans jamais se regarder. À l’arrière-plan, les filles se souviennent, en équilibre sur un plancher  étroit, collées à la façade extérieure de la chambre des parents qui s’enlise dans les bas-fonds. Les décors et de la mise en scène sont un véritable coup de force, imageant parfaitement la détresse qui ronge les personnages et les empêche d’évoluer; à l’exception de Carmen, l’unique symbole d’espoir.

La disposition avant-scène/parent, arrière-scène/filles marque bien les deux lieux et temps de l’histoire, mais le duo Marie-Louise et Léopold happe parfois plus notre attention aux dépens de celui des soeurs. Les jeux de lumière ne sont pas toujours clairs, ne sachant plus où se concentre l’action, l’attention du spectateur qui ne connaît pas la pièce peut se perdre, laissant une impression de longueurs. Cependant côté cour, les rayons de lumière nous plongent avec efficacité dans l’atmosphère pesante de la pièce. Très belle performance des quatre comédiens qui tiennent à merveille leur rôle. On ressent le grand plaisir qu’ils ont de jouer du Tremblay, et nous, de revoir du Tremblay !

 

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À toi, pour toujours, ta Marie-Lou, de Michel Tremblay
Au Théâtre du Nouveau Monde du 3 au 28 mai 2011
Billetterie : 514-866-8668

Dernière heure ! Supplémentaires : 1er + 2 JUIN / 20 H


Pour en savoir plus : www.tnm.qc.ca

 

Photos : Yves Renaud

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