25 février 2008 par Mario Landerman


Bacchanale

Waitresses 1, Vie 0.

Le 21 février avait lieu la première médiatique de la pièce Bacchanale, au Théâtre d’Aujourd’hui

En prenant nos places, on découvre que la scène a changé d’allure.  Elle occupe maintenant le centre du théâtre, la scène traditionnelle remplacée par des sièges.  De forme carrée, en plein milieu, entourée de gradins…la comparaison est facile à faire avec une arène de lutte, et c’est bien ce qui va se passer, en sous-entendus.  Une lutte entre ces femmes serveuses de bar, et leur vie étriquée qu’elles finissent par mettre K-O de façon joyeuse et explosive.

Après le last call, six femmes travaillant toutes au même bar parlent de leurs pensées les plus intimes.  Graduellement, elles finissent par se laisser aller, de revendiquer le droit de refaire le monde, le tout dans une ambiance de party débridée.  Bacchus serait fier de ces disciples!

Michelle Rossignol, qui pourrait se tailler la part du lion avec son personnage de Monique, la propriétaire autoritaire du bar, ne peut exister pleinement sans l’apport de ses consoeurs.   Parmi elles, Isabelle Vincent, (Providence, Les hauts et les bas de Sophie Paquin), amusante dans son accoutrement, prête à monter au front. Isabelle Roy, Marie-Claude Giroux, dans le rôle de la plus jeune de ce clan, en proie à ses propres démons. Johanne Haberlin en guerrière des temps modernes et Violette Chauveau qui  joue la carte d’une femme portant encore beau malgré les années.

Pour Mme. Rossignol, ce retour au Théâtre d’Aujourd’hui se fait par la grande porte, elle qui a dirigé ses destinées de 1988 à 1998.  Femme de théâtre connue et respectée, tant comme actrice que comme professeur.  Dans Bacchanale, elle est égale à elle-même : majestueuse, séductrice, féline.

La mise en scène, signée Frédéric Dubois, minutieuse, trahit l’attention aux détails du metteur en scène de Québec.  Parions que ses services seront de plus en plus requis à Montréal, suite au succès de son travail dans Bacchanale.

Le langage utilisé et son héritage culturel nuisent-elles à cette pièce par ailleurs très bonne ?

La langue parlée dans Bacchanale est une forme de joual, qui peut s’avérer fastidieuse à la longue, surtout pour ceux qui ne sont pas familiers avec le théâtre de Michel Tremblay

Olivier Kemeid a sans doute voulu bien faire mais les mots mis dans la bouche de ses personnages rappellent trop l’auteur des Belles-Sœurs. Le bagage culturel de la pièce constitue un autre point faible.   Avant la première, on s’interrogeait à savoir si cette pièce était un dernier vestige d’un féminisme revendicateur et passé date.

Personnellement, je n’y vois rien de tel.  Bien sûr, ces six femmes prennent position en réaction de leur travail.  Mais à ce stade-ci, ce n’est même plus du féminisme, mais du simple désir universel de changer les choses, commun aux hommes et aux femmes.  Mais les ressemblances avec les pièces de Tremblay, particulièrement Françoise Durocher, waitress, ou encore les pièces dites féministes, telles que Les fées ont soif, renforce l’illusion d’un théâtre datant de plus de 30 ans.

En contrepartie, la merveilleuse complicité entre les comédiennes assure un spectacle de très bonne facture.  La qualité de la production, que ce soit au niveau des décors et des costumes, est excellente, tout comme les dialogues, malgré le bémol cité plus haut.

Par contre, le public risque de n’y voir qu’un vestige d’une époque révolue.  Et c’est dommage.

Bacchannale d’ Olivier Kemeid est présenté au Théâtre d’Aujourd’hui, du 19 février au 15 mars 2008.

Pour en savoir plus : www.theatredaujourdhui.qc.ca

Renseignements : 514-282-3900

Photos : Neil Mota, Valérie Remise, Maxime Côté, Louise Leblanc