Daphné Bathalon
Mardi, 13 octobre 2009
par Daphné Bathalon
 

Beaucoup de bruit pour rien 1

Beaucoup de bruit pour rien : Champ de bataille amoureux

Qu’il est plaisant de voir une pièce où les comédiens, tout autant que leurs personnages, s’amusent sur scène. Le temps de quelques représentations, le Théâtre du Nouveau Monde s’est transformé en verger et c’est sous ses futaies que les comédiens dérident le public en déclamant la prose de Shakespeare. Jusqu’au 24 octobre, on peut apprécier le travail d’adaptation de René Richard Cyr dans Beaucoup de bruit pour rien, un classique du registre comique du grand auteur anglais.

Beaucoup de bruit pour rien 2

Pedro revient de guerre pour festoyer avec sa joyeuse troupe de soldats chez son ami le Gouverneur Leonato. Ce sont les retrouvailles des seigneurs et des dames. Parmi eux, deux duos se découvrent ou se retrouvent : le duo amoureux formé par Claudio et Héro, la fille unique de Leonato, et le duo de pugilistes, Béatrice et Bénédict, deux incorrigibles célibataires à la langue aiguisée, reprennent en effet le combat dès qu’ils s’aperçoivent. Entre Claudio et Héro, un mariage s’organise, mais les choses ne sauraient être aussi simples, surtout quand Juan, le frère fourbe et jaloux de Pedro, rôde dans les parages en semant quelques mensonges de son crû.

Pas facile d’habiller la très haute scène du TNM : le scénographe Pierre-Étienne Locas a choisi de jouer avec cette hauteur en figurant les arbres du verger grâce à des poteaux qui se dressent jusqu’au plafond. Ces ingénieux supports permettent d’illustrer le passage du temps et l’évolution de l’amour par l’ajout graduel d’éléments nouveaux : tels des animaux empaillés, des feuilles, des fleurs, puis des pommes. Parés de petites lumières, les hauts troncs se transforment également en ciel étoilé en un clin d’œil. L’effet est saisissant.

Beaucoup de bruit pour rien 2

Sans trop s’éloigner de la pièce originale, René Richard Cyr a tout de même allégé le texte de plusieurs répliques et personnages secondaires, ce qui donne une représentation d’une heure quarante pendant laquelle on ne ressent littéralement aucun temps mort. Entre les échanges acérés de Béatrice et Bénédict et les machinations de Juan, il est presque impossible de s’ennuyer. On se délecte d’ailleurs des jeux de langage de Béatrice et Bénédict qui manient le verbe comme un glaive. Portés par David Savard et Macha Limonchik, ces échanges ponctuent le spectacle, ajoutant un peu de piquant aux scènes plus verbeuses ou parfois un peu longuettes, notamment celles entre les amoureux.

On peut néanmoins se demander si, à certaines occasions, le cabotinage des comédiens ne prend pas le pas sur le texte lui-même. Cyr déclare pourtant avoir gommé la plupart des bouffonneries au cours de son travail d’adaptation. Toutes ces grimaces destinées à faire s’esclaffer le public sont-elles réellement nécessaires? La plume de Shakespeare et ses personnages colorés captent facilement l’attention du public et l’impliquent dans l’histoire par différents apartés. Il  n’est, par exemple, nul besoin de jouer à la cachette derrière trois ou quatre feuilles pour montrer que le personnage se dissimule au regard des autres lors de certaines scènes. De plus, cette légèreté dans le ton fait paraître absurde la soudaine plongée dans le drame vers la moitié de la pièce. Ainsi, la pantomime fait rire, mais nuit à la profondeur des personnages.

Musique, décors et costumes contribuent à l’allégresse finale, puisqu’on s’en doute, tout se termine fort bien pour l’ensemble des personnages, sauf pour les méchants. Et quelle importance, après tout, qu’on ne retienne de la pièce que des rires et quelques bribes des réflexions féministes de Béatrice? Beaucoup de bruit pour rien nous fait passer une agréable soirée.

 

Beaucoup de bruit pour rien, de William Shakespeare, adaptation et mise en scène de René Richard Cyr, avec entre autres Sophie Desmarais, Maxim Gaudette, Robert Lalonde, Macha Limonchik, Vincent-Guillaume Otis et David Savard.

Au Théâtre du Nouveau Monde jusqu’au 24 octobre. Une supplémentaire le mercredi 28 octobre.

Pour en savoir plus :  www.tnm.qc.ca

 

Photos : Yves Renaud

Vidéo : Mario Landerman

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