21 mars 2008 par Evens Kénol


Blasté : La violence crue du monde actuel

Blasté met en scène Ian (Roy Dupuis), un journaliste britannique du Pays de Galles qui descend aux enfers et ne voudrait pas y aller seul. Il se retrouve dans une luxueuse chambre d’hôtel avec Cate (Céline Bonnier), une jeune femme qui, lorsqu’elle est nerveuse, fait des crises d’épilepsie et tombe sans connaissance. La chimie entre ces deux excellents comédiens se transmet et voyage à travers des silences qui vous coupent le souffle. Un jeu de séduction s’établit avec des mots crus et durs et qui résonnent fort dans la salle de L’Usine C.

Attention ! chastes oreilles.

Emprisonné dans la chambre d’hôtel avec ce raciste-homophobe-violeur, et peureux de surcroit, l’inévitable finit par arriver durant la nuit et au matin, Cate se retrouve dans un lit taché de son propre sang. On devine tout de suite ce qui a pu arriver en voyant le désordre dans la chambre… Elle s’enfuit pour ne revenir qu’à la fin de la pièce et je n’en dirai pas plus pour ne pas brûler le punch.

Entre-temps, un soldat (Paul Ahmarani) fait irruption dans la chambre avec une mitraillette et Ian fait face à son sale destin, ces sales préjugés, ces sales histoires. C’est un homme qui voudrait mourir mais qui doit comprendre la souffrance auparavant en se faisant sodomiser et bouffer les yeux par le soldat avant que celui-ci se suicide.


Roy Dupuis et Paul Ahmarani dans Blasté (Photo de Lydia Pawelak)

Je ne crois pas mentir si je qualifie de théâtre-réalité ce que j’ai vu sur scène. C’est très troublant. Inconnue il y a 15 ans  l’auteure Sarah Kane, dramaturge britannique qui se suicida à l’âge de 28 ans (en se pendant avec ses lacets dans les toilettes d’un hôpital), suscite aujourd’hui l’engouement des metteurs en scène  comme  Brigitte Haentjens qui a fait un travail impeccable pour exprimer la pensée et la vision de cette jeune auteure dont les pièces ont fait scandale au Royal Court Theatre. L’intérêt de cette pièce réside dans le rapprochement entre la violence morale et la scène d’hôtel, et la violence lointaine de la guerre de Bosnie. Plus de dix ans après sa création, et après la violence de la découverte, Brigitte Haentjens nous fait découvrir l’œuvre comme un poème et un conte : complexe, douloureux, charriant des bloques de réalité opaques.

Il ne faut pas passer sous silence le travail de plusieurs personnes qui ont permis à ce tour de force de prendre place : Jean-Marc Dalpé (traduction), Stéphane Lépine (scénographie), Yso (costume), Robert Normandeau (musique originale) et j’en passe.

Cloués à nos fauteuils, sous avons applaudi chaudement pendant cinq minutes la performance incroyable que nous ont livrée les acteurs. Quant à moi, je suis sorti de cette pièce avec tout un lot d’émotions et les jambes qui tremblaient.  Chaque spectateur, du reste, ne savait top comment réagir.

Blasté à l’Usine C jusqu’au 2 avril. 1345, avenue Lalonde, Guichet : 514-521-4493

Pour en savoir plus : www.usine-c.com