Mercredi, 12 novembre 2008
par Mario Landerman


Bob, au Théâtre d’Aujourd’hui
Pour les 40 ans du théâtre, une très belle pièce, toute en finesse.


Il est bien fini, le temps où l’on voyait approcher la quarantaine avec peur, pour ne pas dire aigreur.  De nos jours, les quadragénaires ne se sont jamais portés aussi bien, ni parus aussi jeunes.  Pour certains, la quarantaine est synonyme d’une nouvelle jeunesse.


Le Théâtre d’Aujourd’hui l’a bien compris, et avec sa directrice, Marie-Thérèse Fortin, on a fêté la quarantaine en grand!

Étienne Pilon et Benoît McGinnis dans Bob

Et quoi choisir comme cadeau pour offrir aux spectateurs?  Une "nouvelle" pièce de René-Daniel Dubois :  Bob.


“Nouvelle”, car la pièce a été écrite en 1991.  “...un enfant né le soir où j’ai commencé à rédiger Bob pourra voter aux prochaines élections.”, déclare en rigolant l’auteur.  Neuf ans pour l’écriture, et huit ans d’entreposage dans un dossier virtuel sur ordinateur.


Dramaturge, metteur en scène, comédien, traducteur, scénariste, professeur, poète et pamphlétaire, Dubois a écrit près d’une vingtaine de textes pour le théâtre.  Sa carrière débute dans les années 80, avec des pièces comme Panique à Longueuil et Adieu docteur Münch.  La reconnaissance du public lui viendra de Being at Home with Claude, pièce présentée en 1985 au Quat’Sous, qui fut «convertie» en film à succès avec Roy Dupuis.

L'usage de l'audiovisuel dans la pièce aide beaucoup à contourner le piège de la monotonie

Le texte de Bob parvint à Marie-Thérèse Fortin, la directrice artistique du Théâtre d’Aujourd’hui.  Elle qui cherchait comment fêter de façon grandiose les 40 ans de son théâtre, décide de présenter la pièce.  Arrive alors le metteur en scène le plus en demande du théâtre, René Richard Cyr, lequel fut conquis immédiatement par la pièce.


Bob réunira trois des anciens directeurs artistiques du théâtre, soit Michelle Rossignol, René Richard Cyr et Robert Lalonde, dans des capacités diverses de mise en scène et d’acteurs.

 «Ça commence par un accident de vélos. Deux jeunes messagers se prennent chacun le vélo de l’autre dans la gueule… la roue tordue, le châssis de travers et le casque envolé… des invectives volent aussi puis un silence et un regard…fatal. Bob. Il s’appelle Bob. Et l’autre Andy. Bob est acteur de formation. Il a tout lâché, enfin c’est ce qu’il croit jusqu’à ce qu’il retrouve une vieille actrice oubliée de tous. Mais pas de lui. Elle lui apprendra tout et, tel un bon maître, elle lui apprendra surtout à se passer d’elle.»

Une vue d'ensemble de la scène modifiée, laissant entrevoir les acteurs qui forment le "choeur"

Ainsi commence ce spectacle d’une durée de presque quatre heures.  J’entends déjà certains esprits chagrins clamer mourir d’ennui devant une pièce aussi longue. Eh bien, pas du tout.  La mise en scène extrêmement bien ficelée amène toujours quelque chose de nouveau pour l’oeil et les oreilles du spectateur.  Des puristes pousseront les hauts cris devant l’emploi fréquent de l’audiovisuel pour la plupart des scènes où apparaît Michelle Rossignol.  Pourtant, cette technique sert très bien la pièce, laquelle justement tomberait dans des longueurs inutiles s’il fallait reproduire directement sur la scène ces séquences.


Enfin, certaines âmes pas si pieuses que cela s’objecteront à la romance homosexuelle qui est au coeur de la pièce.  Évidemment, ces cul-bénits aiment mieux les histoires sordides de pédophilie dans la prêtrise...


Cette romance est traitée avec une telle finesse, une telle délicatesse qu’on se prend à oublier le sexe des personnages en présence, pour n’y voir que l’universalité de l’amour.

Une des scènes-clé de Bob

Les deux jeunes acteurs qui personnifient Bob et Andy, Étienne Pilon et Benoît McGinnis dégagent une intensité qui rivent les spectateurs à la scène, intensité qui n’est qu’accentuée par la présence magnétique de Michelle Rossignol


Cette dernière est comme un bon vin.  Elle se bonifie avec l’âge.  Mais peut-on parler d’âge chez cette actrice, que le temps semble avoir caressée avec un gant du velours le plus doux?  Son personnage est un rôle de choix, cette madame Fryers qui servira de mentor à Bob et lui léguera sa foi en l’amour et l’art.


Benoît McGinnis n’est pas un inconnu de René Richard Cyr qui l’a dirigé dans plusieurs pièces.  Il campe Andy avec tant de délicatesse qu’il contrinue de beaucoup à donner cet air romantique à la pièce. 


Mais la révélation est Étienne Pilon.  L’acteur se dévoile entièrement dans Bob, et ce faisant éclipse son autre prestation pour laquelle il est connu, Je voudrais me déposer la tête.  Il se fait le porte-parole de l’auteur de la pièce pour y livrer le message sous-jacent.  Si tu as du talent, tu as le devoir de le faire fructifier.


Mais Bob, c’est aussi un choeur de dix autres comédiens, employés à diverses capacités.  Des gens comme Robert Lalonde et Frédéric Blanchette, tous gravitant autour du Théâtre d’Aujourd’hui.  Leur performance compte, car ils servent de point de jonction assez souvent à des moments-clés de la pièce.

 


Quant au décor, la très grande mobilité de la scène du théâtre sert admirablement bien la pièce, et on se surprend à voir des parties de la pièce dans des endroits inusités.  Comme la versatilité de la salle m’avait été montrée lors de l’excellente pièce Bacchanale, ce ne fut pas une surprise pour moi.


Une très beau cadeau que le Théâtre d’Aujourd’hui offre pour ses 40 ans.  Courez le déballer !

 

Bob, de René-Daniel Dubois, dans une mise en scène de René Richard Cyr.  Avec Étienne Pilon, Benoît McGinnis, Michelle Rossignol, et dix autres comédiens.
Au Théâtre d’Aujourd’hui jusqu'au 30 novembre.

 

Photos : Valérie Remise
Vidéo : Mario Landerman