Sébastien Dion
Mercredi, 25 mars 2009
par Daphné Bathalon

Affiche Bye Bye Baby

Bye Bye Baby : les pages arrachées


Ça n’est pas tous les jours qu’assis dans une salle de spectacle, l’on fait soudain face à une cuvette de toilette. Non, nous ne venons pas assister à une représentation de Willy Protagoras enfermé dans les toilettes mais plutôt à la première en français de la pièce Bye Bye Baby de l’auteure montréalaise Elyse Gasco.

À l’affiche depuis le 19 mars au Studio Hydro-Québec du Monument National, cette pièce aux personnages plus colorés les uns que les autres raconte l’histoire toute simple d’Ellie. Le jour où elle se découvre enceinte, cette jeune femme adoptée décide de partir en quête de ses origines. « Que raconterais-je à mon enfant? » se demande-t-elle. « Qu’aurais-je à lui transmettre? » On sort tous d’un ventre, mais tous n’ont pas la chance de savoir du ventre de qui. Au cours de sa quête, Ellie se heurtera à la bureaucratie, à ses propres peurs et espérances. « Il y a des pages arrachées à la fin et au début » de son histoire.

D’abord présentée en anglais en 2004, toujours au Studio Hydro-Québec, Bye Bye Baby avait alors reçu de nombreuses et excellentes critiques. La pièce avait été montée à nouveau sur la scène du Centaur l’année suivante. Pour la re-création en français, Clare Schapiro d’Imago Théâtre en a confié la traduction à Maryse Warda.

Nathalie Claude (haut), Danielle Leduc
Nathalie Claude (haut), Martine-Marie Lalande

La distribution, exclusivement féminine, propose une interprétation énergique. Felicia Shulman, la seule des comédiennes à avoir fait partie de la production originale anglaise, incarne une travailleuse sociale à l’accent anglais épouvantablement efficace : chacune de ses interventions fait rire ou sourire le public. En effet, Babs Dubois mêle les mots, les écorche au passage, en détourne parfois le sens, mais parvient tout de même à se faire comprendre et aimer : impossible de ne pas s’attacher à elle, malgré l’armure qu’elle s’est forgée pour appliquer la loi sans faillir. Elle ne succombera à aucune des suppliques de la pauvre Ellie qui souhaite si fort connaître l’identité de sa mère. Martine-Marie Lalande incarne pour sa part une Ellie fragile, entêtée et dotée d’une imagination fertile. C’est de sa tête que surgissent une mère-image (Mathilde Monnard à la présence quasi-magnétique) et une amie imaginaire : à la fois alter ego versatile et complice (Nathalie Claude).


Nathalie Claude, Martine-Marie Lalande

Les hommes sont absents de Bye Bye Baby : nulle référence au père naturel d’Ellie, absence du père adoptif, même le bébé qu’elle porte n’a pas de père. Il n’est tout simplement plus dans sa vie et elle ne s’en désole pas.


Felicia Shulman, Martine-Marie Lalande

Dans un décor froid, presque clinique, un mur se déplace, faisant passer le public du carrelage de la salle de bain au bureau moderne, mais peu fonctionnel de la travailleuse sociale. Par moment, les murs deviennent translucides. Tour à tour, la mère naturelle idéalisée et la mère adoptive s’y déplacent ou s’y reflètent. Les jeux de miroir sont particulièrement intéressants bien choisis pour mettre en contexte la quête identitaire de la jeune femme.

La naissance du bébé, une scène touchante, permet à Ellie de trouver sa place : passant tout naturellement du statut d’orpheline à celui de mère. On aura pris plaisir à triompher avec elle de la terrible jungle bureaucratique.

 

Bye Bye Baby, d’Elyse Gasco, mise en scène de Clare Schapiro, traduction de Maryse Warda, avec Nathalie Claude, Martine-Marie Lalande, Dominique Leduc, Mathilde Monnard et Felicia Shulman.

Jusqu’au 28 mars 2009 au Monument National, 1182, boul. Saint-Laurent, Montréal.
Billetterie : (514) 871-2224

 

Pour en savoir plus : http://www.imagotheatre.ca/
 

Photos :Marjorie Guindon