Daphné Bathalon
Mardi, 14 décembre 2010
par Daphné Bathalon
 

Donka

 Donka : Une lettre et mille éclats

Daniele Finzi Pasca est un clown, c’est sous cette identité du moins qu’il se présente. Pas un nom que nous irions spontanément associer au très sérieux dramaturge Anton Tchekhov. C’est pourtant à lui qu’en janvier dernier, le Festival international de théâtre Tchekhov de Moscou a confié son spectacle d’ouverture pour souligner le 150e anniversaire de naissance de l’auteur russe. Un choix qui, à la lumière du résultat, se révèle tout à fait inspiré.

Sur une scène totalement dépouillée, la troupe de huit artistes s’exécute, emportant avec elle tous les accessoires et éléments de décor dont elle a besoin pour chacun des tableaux, tantôt des chaises, tantôt des trapèzes. Les arts du cirque y occupent une place prépondérante : roue Cyr, équilibrisme, étrange numéro d’homme fort, contorsion, jonglerie, et il ya toujours en filigrane, l’histoire de l’auteur, sa profession de médecin, sa tuberculose, son hobby, la pêche… « J’ai décidé de découvrir Tchekhov en recherchant les particularités, les détails, en cherchant dans sa vie, entre les pages de ses écrits et ailleurs. » Ainsi Finzi Pasca définit-il la démarche qui a précédé la création de Donka. On est en effet bien loin du théâtre de Tchekhov avec cette production. Plutôt que de s’intéresser à son œuvre, on plonge dans la vie de l’auteur, que le metteur en scène transforme en une trame onirique et fellinienne.

Dans chacun de ses spectacles, qu’il s’agisse des mises en scène pour le Cirque Eloize ou le Cirque du Soleil ou pour ses créations solo comme le très touchant Icaro, également présenté à l’Usine C (en 2000), il allie la poésie du geste et de la parole à la beauté de l’image. Nous découvrons donc des tableaux aussi magiques que beaux, notamment cette scène irréelle où les comédiens fracassent des tonnes de disques et de plaques de glace, faisant exploser des centaines de fragments de lumière dans tous les coins de la scène. N’est pas moins marquante cette autre scène où ils valsent avec un lit, jouant la naissance, la maladie, la mort tout à la fois. Véritable maître d’œuvre, Finzi Pasca crée des images saisissantes qui s’impriment dans notre regard. Il s’amuse des illusions, des couleurs, des formes et des mouvements, ceux des rubans tout autant que ceux obtenus à travers les projections.

Loin de plaquer celles-ci sur un texte ou de les limiter à un écran à l’arrière-scène, il en use pour transformer une pièce de théâtre en un véritable film d’art. Cinématographiques, les ombres chinoises sont particulièrement impressionnantes : les acteurs se déplacent derrière la toile en jouant avec leurs ombres, parfois géantes et parfois ridiculement petites. En plus de manipuler les images, on jongle également avec les mots et les accents, certains artistes parlant un français parfois approximatif ce qui ne fait qu’ajouter au charme exotique du spectacle.

Très loin du simple exercice biographique, la lettre que Finzi Pasca a dédiée au grand Russe laisse en nous d’indélébiles traces de fantaisie, faites de couleurs éclatantes et de carillons.

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Donka – Une lettre à Tchekhov, créé et mis en scène par Daniele Finzi Pasca, avec Moira Albertalli, Karen Bernal, Helena Bittencourt, Sara Calvanelli, Veronica Melis, David Menes, Beatriz Sayad et Rolando Tarquini.

À l’Usine C jusqu’au 18 décembre.

Photos : Viviana Cangialosi

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