Jeudi, 31 juillet 2008
par Mario Landerman

La Duchesse de Langeais au Mainline : Chapeau!


Une protégée de la Duchesse nous accueillait à l'entrée

Hier soir avait lieu la première de cette nouvelle mouture de l’oeuvre de Michel Tremblay.  Quatre représentations, au profit de Phase 2, un organisme de socialisation pour les hommes gais et bisexuels de 25 à 40 ans.  La pièce pourrait sembler à prime abord un simple effort de collecte de fonds, avec une troupe à l’avenant. Mais non, le public a eu droit à un spectacle de grande qualité. Dans une mise en scène signée par nulle autre que Rita Lafontaine, celle-ci nous présente dans un bel écrin sa révélation, Francis Bourgea.

Ce dernier, un ancien étudiant de Mme Lafontaine, était dans la mire de la muse de Tremblay depuis un bon moment, car elle trouvait que le jeune acteur était plein de promesses.  Il ne manquait qu’une occasion de les révéler au public.  Avec La Duchesse de Langeais, pièce ambitieuse pour un comédien s’il en est une, ce fut fait.  Elle a eu confiance au point de permettre à Francis de travailler sans filet, pourrions-nous dire.  Et le jeune homme s’en tire avec brio, empochant la pièce et le public aussi.

Une qualité primordiale chez un acteur, pour moi, c’est de pouvoir faire totalement oublier l’artiste, et nous faire croire à son personnage.  Bien que Francis Bourgea a quelques hésitations au début de la pièce, vite envolées d’ailleurs, il parvient à nous faire croire à Édouard, ce travesti en bout de course qui a vécu intensément, mais voit arriver la fin avec son cortège de dépit et de regrets.  La dualité de la Duchesse, fort bien étayée à différents niveaux, nous entraîne et la première chose qu’on s’aperçoit, c’est que la pièce est finie.  On se surprend à vouloir mieux connaître cette femme du monde et femme de tout le monde.

Cette pièce n’est pas un calque de l’oeuvre originale de Michel TremblayRita Lafontaine y va d’ajouts empreints de sa délicatesse de femme.  Le plus important est sans nul doute l’ajout du comédien David Marcel dans un rôle muet, mais combien efficace.  Ce qu’on retiendra de sa performance, c’est la grande compassion du personnage envers la Duchesse.  Chacun l’interprétera comme il l’entend.  Est-ce un ange?  Un amant onirique?  La manifestation des plus profonds désirs d’Édouard?  On ne sait trop… et c’est très bien ainsi.

Le décor, minimaliste à souhait, est une autre innovation.  Un mélange de réel et d’irréel.  Est-ce une plage?  Une chambre à coucher?  Un lieu mythique ? Tout contribue à entourer la Duchesse d’une atmosphère dont on ne peut qu’interpréter pour soi s’il s’agit d’un rêve ou de la réalité.  Un décor redoutablement efficace.

Lors de sa création, en 1968, la pièce de Tremblay se voulait sans nul doute avant-gardiste.  Si elle a perdu un peu de cette aura de nos jours, il n’en demeure pas moins que le sujet traité demeure toujours d’actualité, encore plus avec le vieillissement de la population, qu’elle soit gaie ou hétérosexuelle.

Quelle belle façon de fêter un 40e anniversaire!  Je vous recommande chaudement d’aller voir ma tante Édouard au Mainline, jusqu’au 2 août. 

La Duchesse de Langeais

Au théâtre Mainline

3997, Boulevard St-Laurent

(514) 849-3378

On peut également se procurer les billets au prix de 17$ chez l’Avant-Gardisques (514) 277-7115

Photos : Mario Landerman

Vidéos : Daniel Chartier