Mario Landerman
Mardi, 8 mars 2011
par Mario Landerman
 

Elling

Elling ou la folie de la normalité


La dernière production de chez Duceppe, Elling, explore un sujet devenu fort courant dans le domaine culturel, soit les maladies mentales.  La culture a de toujours flirté avec la folie ; beaucoup de nos grands génies littéraires ou artistiques en étaient atteints, Nietzsche, Maupassant, Lautréamont, Claudel, Van Gogh, Artaud, Rousseau, Sade, et combien d’autres ont, de par ce fait, contribué livres, sculptures et toiles qui font encore école de nos jours.


Basé sur l’œuvre d’Axel Hellstenius et Petter Næss, la version anglaise de la pièce fut traduite par le directeur artistique de Duceppe, Michel Dumont.


Deux patients d’un asile profitent d’une expérience de partage d’un appartement en réinsertion sociale.  Elling (Guy Jodoin), c’est le fils à maman, dont on sous-entend qu’il a été tellement couvé qu’il en a perdu tout sens de l’indépendance.  Quant à son colocataire, Eric Bjarne, incarné par un délicieux Stéphane Bellavance, il endure sa virginité de puceau comme un fardeau dont il rêve de se débarrasser.  Pas de quoi classer l’un et l’autre dans le domaine des fous, n’est-ce-pas?  Combien d’entre nous peuvent se retrouver dans les grandes lignes de ces deux personnages?


Pour la société, la question est tranchée.  Les services sociaux offrent à nos deux comparses un appartement à Oslo, dans une expérience de retour à la normalité, pour ne pas dire banalité, quotidienne.  S’ils ne deviennent pas de bons citoyens modèles, c’est le retour à l’asile!

 

Elling


Un travailleur social, Frank (Gabriel Sabourin), fera le suivi de l’expérience.  C’est donc ce dernier que nos deux amis doivent convaincre afin de recouvrer leur liberté.


La réinsertion est d’abord difficile.  Même le fait banal d’aller faire l’épicerie se révèle tout un défi.  Mais peu à peu, Elling et Eric, chacun à leur manière, trouveront une façon de revendiquer leur place dans la société.

 

Elling


Les deux acteurs principaux, Guy Jodoin et Stéphane Bellavance, forment un Odd Couple des temps modernes, avec un abandon de la part de chacun qui fait plaisir à voir.  Non seulement la chimie existe entre ces deux acteurs, mais ce sont les petits détails qui ici rendent ces personnages si crédibles et attachants, grâce à la mise en scène de Monique Duceppe.  Les manières d’Elling, les frustrations de son coloc en sont de bons exemples.  Avec cette pièce, la metteure en scène ajoute une feuille de laurier de plus à sa couronne, laquelle est déjà bien garnie.


Les acteurs qui entourent le duo sont pour la plupart excellents à commencer par Mireille Deyglun en voisine de l’appartement, qui finira amante de notre puceau, réglant du même coup le moteur principal de sa schizophrénie.  Cette dernière est employée à de multiples reprises dans la production, où on la retrouve dans tous les personnages féminins qui jalonnent la pièce.  Gabriel Sabourin se transforme en travailleur social qui semble n’avoir aucune qualité intrinsèque, une caricature, réelle ou imaginée par Elling.  Et, pour compléter le quintette, Donald Pilon, qui incarne le poète Alfons dont Elling fera la rencontre.  Laquelle sera déterminante pour ce dernier qui tire bien son épingle du jeu malgré quelques malaises à assumer les pourtours du personnage. Le décor, bien conçu, avec une simplicité étudiée, ne remplit toutefois pas toujours ses promesses.  J’en veux pour preuve que ce genre de décor forme une  pauvre toile de fond pour les bandes vidéos utilisées pour y simuler une gare, par exemple.  Pour l’essentiel, cependant, la création de Marcel Dauphinais est très efficace.

 

 
Guy Jodoin et son rôle dans Elling chez Duceppe

 

 
Elling est mis en scène par Monique Duceppe

 


Qui sont fous, vraiment?  Est-ce eux?  Est-ce nous?  Pour le savoir, rendez-vous chez Duceppe pour Elling, en représentation jusqu’au 26 mars.


Elling, de Axel Hellstenius et Petter Næss.  Traduction de Michel Dumont, mise en scène de Monique Duceppe.  Avec Guy Jodoin, Stéphane Bellavance, Mireille Deyglun, Gabriel Sabourin et Donald Pilon.


Pour en savoir plus : http://www.duceppe.com/pieces/piece.asp?IDordre=4

 

Photos : François Brunelle

Vidéos : Mario Landerman

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