Royal du Perron
Mercredi, 5 mai 2010
par Royal du Perron

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Et Vian dans la gueule!

Et Vian dans la gueule : l’anti-guerre personnifiée


Si un acteur pouvait remplacer à quelques semaines d’avis le comédien devant incarner le général James Audubon Wilson de la Pétardière, c’est bien Marc Béland.  Cet acteur polyvalent et super doué réalise ici un autre tour de force : remplacer Pierre Lebeau pratiquement à pied levé.  Les lois du théâtre sont impitoyables : peu importe ce qui arrive,  the show must go on. Dans ce collage de textes signés Boris Vian, d’abord monté en 1995,  le metteur en scène Carl Béchard a choisi et répertorié de nouveaux extraits : Le Goûter des généraux bien sur, mais aussi Les fourmis et Lettres sur les Truqueurs de la guerre.  Dommage que les propos inappropriés de certaines personnes du groupe Audubon tentent de discréditer cette nouvelle mouture par ailleurs remarquable.

 

Et Vian dans la gueule !


Le général James Audubon Wilson de la Pétardière reçoit chez lui des confrères généraux pour parler  guerre et de stratégies. On assiste donc pendant deux heures aux coulisses de la guerre, aux côtés totalement absurdes, jusqu’à plus savoir pourquoi on l’a déclenchée. Et les généraux sont manipulés par les forces gouvernementales et les forces du pouvoir occulte. Il faut voir ces incompétents, ces bouffons, ce général Audubon, la quarantaine avancée, recevoir encore de sa mère, de magistrales fessées. Trop drôle mais aussi tristement vrai.  L’intemporel Vian pose ici la question :  ces gens qui nous représentent militairement, sont-ils à la hauteur de leurs lourdes responsabilités? Les connaissons-nous vraiment? Pour peu qu’on lève le voile, les réponses arrivent brutalement. Comme, dans la vraie vie militaire canadienne, le cas bien actuel du colonel Russell Williams, accusé de deux meurtres, deux agressions sexuelles et 82 entrées par effraction, a de quoi donner le vertige. Comme on le voit dans les personnages de Boris Vian, ce militaire canadien traitait la vie comme comme un jeu de roulette russe. L’auteur met aussi en relief le douloureux constat que les honnêtes citoyens sont gouvernés par une bande de bouffons. La pièce peut-elle coller davantage à l’actualité?

 

Et Vian dans la gueule !


Pour ce collage version 2010, Béchard a choisi des comédiens remarquables et ils nous en mettent tous plein la gueule : Sylvie Drapeau dont les passages sur scène sont des apparitions, particulièrement quand elle chante, Emmanuel Bilodeau réalisant de belles prouesses, Bénédicte Décary, splendide en marâtre, Alain Zouvi sous les traits de la corpulente Francine en tailleur ajusté et talons cubains, Pascale Montpetit, disparaissant sous les traits d’un général, et aussi Pierre Chagnon, hilarant dans la peau de Monseigneur Tapecul.  Les autres comédiens, Marie-Ève Beaulieu, Carol Bergeron, Allan Laforest et Corinne René sont tout aussi merveilleux.  Bref, toute l’équipe joue en parfaite symbiose lors des nombreux chants en cadence.


Le spectateur a droit a plusieurs tableaux, tous grandioses. On utilise abondamment les trappes au plancher ce qui s’avère très heureux. Clôturer le spectacle avec une de mes chansons fétiches, magistralement livrée en chœur par toute la distribution a été une grande joie pour moi et toute la salle. Vraiment, le public en redemande. Oublions les discrédits qu’on a pu lire sur cette production car le spectacle est différent de celui de 1995. Il est grandiose, il nous emballe par sa musique, ses chansons et son rythme. 
Et Vian dans la gueule! : un spectacle magnifique, à voir absolument.

 

 


Au TNM jusqu’au 22 mai.
Billetterie : (514) 866-8668


Pour en savoir plus : www.tnm.qc.ca

 

Photos : Yves Renaud

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