Daphné Bathalon
Lundi, 1er mars 2010
par Daphné Bathalon
 

Affiche

Les États-Unis vus par... : J’aime les États, je les haïs


Pour achever son cycle états-unien, le Théâtre de l’Opsis et sa directrice, Luce Pelletier, ont fait appel à des créateurs dont le talent n’est plus à prouver. Richard Séguin, Émilie Proulx et Martin Léon ont ainsi prêté leur plume d’auteurs-compositeurs, tandis que François Archambault, Michel Marc Bouchard, Catherine Léger et Pierre-Yves Lemieux ont mis leur verve à contribution. Chacun de ces artistes a proposé une vision des États-Unis d’Amérique : quel regard la société québécoise porte-t-elle sur ses voisins bruyants, éclatants et patriotiques? Comment le Québécois perçoit-il le rêve américain? De quelle manière le fait-il sien ou le rejette-t-il? Et qu’est devenu l’American way of life aujourd’hui?

La metteure en scène a opté pour un décor sobre et dénudé : trois chaises ornées du drapeau étoilé et trois tréteaux comme espace de jeu suffisent pour découper l’espace. Ce décor passe-partout sied bien au terrain vierge offert aux artistes et aux nombreux personnages. «À part le titre» explique Luce Pelletier dans le programme de la pièce, «les auteurs avaient carte blanche. Leurs paroles vont donc naturellement dans tous les sens.» De fait, le fil est ténu entre les différentes scènes et il est parfois ardu d’y rester accroché, mais la proposition du Théâtre de l’Opsis mérite tout à fait ce petit effort.

Les États-Unis vus par...

La réussite du spectacle tient en partie à la performance du quatuor de comédiens. On connaissait déjà la polyvalence de Marie-Hélène Thibault, mais elle brille de tous ses feux dans cette production, troquant le cynisme d’une femme pour plonger dans le désespoir d’une autre pour qui l’apparence est la clef du succès. Il faut aussi la voir se tortiller dans le rôle de Vicki Vale, la journaliste folle de super-héros dans Batman! Les autres comédiens ne sont pas en reste, le Robin de Jean-François Nadeau et l’adolescente blasée de Catherine de Léan étant particulièrement réussis. Là où le bât blesse, c’est dans l’interprétation des chansons de Séguin, Proulx et Léon. Les comédiens ne faussent pas, l’harmonie est là, mais l’ensemble ne convainc pas. Dommage car les chansons dynamisent le spectacle en plus de se transformer en vers d’oreille très efficaces.

Les États-Unis vus par...

Par ailleurs, le risque de tout collage de sketchs est celui de se révéler inégal et, hélas, Les États-Unis vus par… ne parvient pas totalement à éviter ce piège. Certains textes dosent avec justesse un humour mordant (particulièrement ceux de Perdus, Lost et de Impressions, the key of success), tandis que d’autres, partis d’une bonne idée, s’étirent inutilement. C’est le cas de Batman qui traite d’une manière pour le moins originale des évènements du 11 septembre (en quelques répliques, on se retrouve plongé dans un bon vieil épisode de Batman), mais qui finit par ennuyer, une fois la sauce parodique diluée. De plus, en voulant former un tout cohérent avec des sketchs aux tons différents, on a morcelé les saynètes en plusieurs courtes séquences qui s’entrecoupent et qui perturbent le rythme du même coup. On a parfois l’impression qu’un sketch est terminé, mais on y revient un peu plus tard dans le spectacle. Ils y perdent en saveur et en punch.

Pourtant, textes et chansons sont pertinents, intéressants et présentent au public une vision bien personnelle sur notre géant voisin. Parfois dénonciateurs, ils ne tombent heureusement pas dans la dénonciation et la critique facile. Ils traitent du rêve américain, de la crise économique, des attentats du 11 septembre, de Dieu, des super-héros et de l’attrait toujours grand que les États-Unis exercent sur le monde et, plus précisément sur nous, petit îlot francophone dans un océan anglophone. Par la bande, c’est donc aussi l’identité québécoise que l’on aborde dans cette pièce. « Ça fait chier d’être Québécois » déclare d’ailleurs crûment l’un des personnages, brisant un certain tabou. Les Québécois désirent s’affranchir de l’influence états-unienne, en même temps qu’ils jalousent cette nation.

Diverti, interpellé, interrogé sur sa perception de l’Amérique, le spectateur ne regarde pas passivement Les États-Unis vus par… il en perçoit la critique, le cynisme et l’humour et en rit parfois même un peu jaune. Une belle façon, en somme, de conclure ce cycle états-unien.

Les États-Unis vus par… Collectif, mise en scène de Luce Pelletier avec Catherine de Léan, Jean-François Nadeau, Benoit Rousseau et Marie-Hélène Thibault.

Au Théâtre Prospero jusqu’au 13 mars 2010

 

Pour en savoir plus : http://www.theatreopsis.org/a_laffiche.html

 

Photos : Suzanne  O'Neil

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