Daphné Bathalon
Jeudi, 17 mars 2011
par Daphné Bathalon
 

Hamlet

Hamlet intemporel et touchant

Adapter un grand classique est toujours un peu casse-cou, surtout quand on parle d’une pièce aussi montée et connue que l’est Hamlet, une œuvre magistrale de près de quatre heures dans sa version intégrale. Ce texte de Shakespeare, souvent présenté selon la traduction belle mais lourde de François Victor Hugo, pose un grand défi pour tout metteur en scène. Marc Béland qui avait interprété le rôle-titre dans une mise en scène d’Oliver Reichenbach il y a 20 ans, enfile cette fois les habits du maître de cérémonie. C’est Benoît McGinnis qui chausse les grands souliers du personnage tragique et caustique, destiné à venger son père mais incapable de poser le geste définitif.

Hamlet

Traduite par Jean Marc Dalpé, la pièce passe de quatre à deux heures sans perdre sa pertinence. Au contraire, ramené à une prose plus proche de celle de Shakespeare, loin des décasyllabes et alexandrins imposés par le théâtre français classique, le texte est beaucoup plus percutant. On est ainsi plus à même de goûter la force des réflexions d’Hamlet, on comprend mieux ses tourments et sa folie, réelle et simulée. Dalpé disait chercher à traduire efficacement les traits d’esprit féroces du prince danois : un défi qu’il a brillamment relevé.

Hamlet

Dans un décor ingénieux et ouvert signé Richard Lacroix, les personnages circulent plus facilement, libérés du carcan des costumes élisabéthains. Le vaste espace aménagé sur la scène du TNM est découpé par quatre colonnes rappelant le palais royal dans lequel vivent les personnages. Grâce à quelques jeux de rideaux, on suggère efficacement les changements de lieux. En fond de scène, une large bande écarlate tranche sur le gris foncé et le noir qui l’habille. Au sol, un tapis de même couleur poursuit les belles lignes. En cours de représentation, on comprend que les grandes tuiles noires, qui donnent toute la prestance au palais d’Hamlet, cachent une noirceur encore plus grande. Une très riche idée. L’inclinaison de la scène nuit cependant en partie aux comédiens, forçant les plus grands d’entre eux à adopter une posture déséquilibrée qui, du balcon, paraît presque désinvolte, pas tout à fait l’impression souhaitée pour une tragédie dans laquelle la tension monte à chaque instant.

Hamlet

La réussite de ce spectacle revient en grande partie à l’interprète principal. Benoît McGinnis incarne un Hamlet jeune, fragile et tendu à l’extrême, une âme troublée qui cherche à venger son père tout en respectant ses valeurs. L’énergie fébrile qui se dégage de McGinnis donne à voir les nombreuses facettes d’Hamlet. Alors que d’un instant à l’autre, on croit le voir s’écrouler, il brandit son verbe comme une arme et dégaine des mots aussi aiguisés que des lames. Jeune révolté, il blesse ceux qui l’entourent, condamne famille et amis, fait montre par moment d’une cruauté aussi froide que celle dont il accuse son oncle. À l’exception de quelques bafouillages, l’interprétation de McGinnis ne souffre d’aucun défaut. Son Hamlet, grâce à la traduction de Jean Marc Dalpé, s’exprime avec naturel, sans l’emphase qui alourdit parfois les textes classiques. À ses côtés, Frédéric Blanchette propose un Horatio, fidèle allié du prince, sensible et solide. Dans un tout autre registre, Jean Marchand en Polonius dose parfaitement ses répliques pour en faire ressortir tout le comique et  la logique étrange de son personnage. Alain Zouvi en Claudius est un tyran étonnant. La bouille ronde et le visage avenant, on peine toutefois à percevoir la perfidie du personnage. Le roi manque par moments de prestance et son aura de pouvoir n’impressionne guère, rendant étrange l’hésitation qui retient la main d’Hamlet lorsque l’occasion se présente de venger son père. Autre bémol dans la distribution, Ophélie, seul être véritablement innocent de la pièce, sous les traits d’Émilie Bibeau se transforme en gamine perdue. Sa lente plongée dans la folie, plutôt que de nous briser le cœur fait naître des sourires, en particulier lorsqu’elle chante ses ritournelles insensées.

Hamlet

La mise en scène de Marc Béland transporte Hamlet du 17e siècle au siècle présent sans chercher à tout prix à l’actualiser. Pas de Hamlet modernisé ici, mais des personnages et un texte dont le message est tout aussi porteur qu’il y a quatre cents ans. L’excellente pièce, présentée au TNM jusqu’au 2 avril ne revisite pas le classique ; il en offre une version très touchante, un drame humain chez les rois à même de nous émouvoir.

 

 

Hamlet de Shakespeare. Traduction de Jean Marc Dalpé. Mise en scène de Marc Béland. Avec Benoît McGinnis, Émilie Bibeau, Marie-France Lambert, Jean Marchand, David Savard, Alain Zouvi et plusieurs autres.

Au Théâtre du Nouveau Monde jusqu’au 2 avril. Supplémentaires les 5 et 6 avril.

Pour en savoirplus : www.tnm.qc.ca

 

Photos : Yves Renaud

Vidéo : Mario Landerman

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