Royal du Perron
Mercredi, 17 mars 2010
par Royal du Perron
 

Huis-clos

Huis-clos : mon fantôme d’amour



 «Avec Huis clos, (Jean-Paul) Sartre a conçu une brillante mécanique théâtrale pour montrer que si on préfère la séduction à la franchise et que l’on laisse au jugement d’autrui le soin de définir sa vie, alors oui, il y a un enfer, et c’est les autres» résume Paul Lefebvre dans le programme du TNM, à l’affiche ce mois-ci.

Huis-clos


Trois personnes mortes (un homme, deux femmes) se retrouvent dans une sorte de purgatoire qui deviendra très tôt un enfer pour chacun. Incapable de dormir, ils seront condamnés à «vivre» ensemble pour l’éternité. La damnation est surtout causée par l’insupportable regard de l’autre pour toujours. Inès, l’employée des postes lesbienne, Garcin, le journaliste et auteur, Estelle, la riche séductrice; tous trois sont confrontés les uns aux autres.  Inès voudrait séduire Estelle, qui voudrait séduire Garcin, car elle a besoin de charmer l’homme.  Mais sous le regard impitoyable d’Inès, son désir ne peut se réaliser.  Nous voici dans un trio infernal où l’amour a bien du mal à s’installer car l’œil du «troisième type» l’en empêche fort habilement et cruellement.

Huis-clos


La metteure en scène, Lorraine Pintal, a su bien s’entourer, notamment du scénographe Michel Goulet qui a imaginé une cellule, une cage de verre et de fer forgé suspendue entre ciel et terre.  On comprend que nous sommes dans un gratte-ciel sans fin où tous les étages superposés se ressemblent.  Peu d’accessoires si ce n’est les fauteuils Second Empire, un globe en bronze et une échelle à l’infini. Chacun des quatre acteurs excelle dans le jeu et la livraison du texte.  Particulièrement Pascale Buissières, cassante à souhait dans son personnage d’homosexuelle en chasse d’une femelle à se mettre sous la dent.  Il est intéressant d’apprécier le jeu de Patrice Robitaille dans la peau d’un intellectuel, ça repose de ses personnages de gros  nono (Les Boys, les Invincibles...). Julie Du Page rend bien son personnage de belle poupée gâtée, à qui les hommes ne refusent rien. Sébastien Dodge apparaît à différents moments, qui, à l’avant plan, qui à l’arrière-scène en mouvements stéréotypés. Sa participation ajoute considérablement à l’aspect étrange de tout cet univers trouble. Belle trouvaille aussi que de mettre un vidéo de l’auteur existentialiste expliquant sa pensée dans un téléviseur noir et blanc des années ’50, avant que ne débute la représentation.

Huis-clos


Malgré le jeu impeccable des quatre comédiens, les feux de l’enfer ne brillent pas beaucoup. On ne sent pas les affres de la damnation chez les protagonistes. Trois fantômes d’amour ont brûlé les planches et il manquait ce petit quelque chose pour nous faire frémir autant qu’eux devant l’angoisse de vivre en enfer pour l’éternité.


Huis-clos de Jean-Paul Sartre, au Théâtre du Nouveau Monde, jusqu’au 10  avril (incluant les supplémentaires)


Pour en savoir plus : www.tnm.qc.ca


Crédit photos : Yves Renaud

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