Jeudi, 4 septembre 2008
par Mario Landerman

King Lear contre-attaque

Le chat sort du sac!

Jeudi le 28 août avait lieu la première de la pièce King Lear contre-attaque, une désopilante adaptation de Shakespeare.  Nominée pour un Masque en 2005, les joyeux lurons qui la composent reviennent nous faire rire encore une fois sur les planches de l’Espace Libre.

Jacques Laroche, le metteur en scène, avait ceci à dire concernant la raison d’avoir monté à nouveau ce spectacle.  “Parce qu’à la question “Que veux-tu faire plus tard?” les enfants ne répondent presque plus “cuisinier, princesse ou pompier” mais de plus en plus... “de l’argent”...”

King Lear contre-attaque est-il l’antidote parfait à notre ère de mercantilisme éhonté?  Peut-être pas.  Mais on se sent beaucoup plus léger et joyeux d’avoir vu le spectacle!

Un double rôle : Émi...et Lia!

Alexia Bürger (le matelot), Catherine Larochelle (le chat), Véronika Makdissi-Warren (la princesse), Sophie Martin(le cuistot), Francis Martineau (le cro-magnon) et Alexandre Morais (le cowboy) se partagent la vedette dans une pièce qui, bien qu’elle reprend des classiques du grand dramaturge anglais, a des airs de la Ribouldingue, la commedia dell’arte ou encore le Guignol du Jardin d’Acclimatation à Paris.

La pièce commence avec un décor qui annonce bien les couleurs.  Une reproduction réminiscente de ce qu’a pu être le Globe de l’époque élisabétaine.  King Lear contre-attaque se veut un hommage parodique à l’oeuvre de Shakespeare, et non une tentative cheap de récupérer l’oeuvre du grand Will.

Mais quels personnages!  Un cowboy, une princesse, un cuisinier, un matelot, un homme des cavernes et un chat incarnent des personnages de Shakespeare plus vrais que nature, malgré leur non-conformisme, parce qu’ils sont mis à nu devant nous, les spectateurs.  Et c’est ce qui nous permet de sortir de la pièce avec une constatation de taille.  Le dramaturge a bel et bien déguisé la comédie inhérente de ses drames. 


Othello et Cassio, amoureux de Desdémone et victimes d'Iago

Un “innocent” mouchoir est au coeur de la pièce, laquelle commence avec King Lear, mais dérive rapidement sur les rivages d’Othello et de Hamlet.  Comme on s’en doute, les personnages de ce drame passionnel sont tous représentés.  le cowboy est Cassio, l’homme des cavernes est Othello, la princesse, Desdémone, le chat, Iago, tandis que le cuisinier et le matelot se partagent le role d’Émilia.


Le sinistre Iago

Tous les personnages sont drôles à souhait, mais un sort du lot, et c’est Iago.  Le chat qui le représente (brillante interprétation de Catherine Larochelle) vole toutes les scènes dans laquelle il paraît.  Malgré leurs faux-nez et maquillages de clown, les personnages sont empreints d’une grâce qui fait qu’on croit en eux dans leur pièce, même si un esprit chagrin ne verrait que des clowns en train de (apparemment) massacrer Shakespeare.

Le spectacle en est aussi un musical, lequel d’ailleurs commence avec une chorale dirigée par la princesse.  D’autres touches musicales seront présentes tout au long du spectacle, faisant de l’ensemble un plaisir pour les yeux et les oreilles.  The Full King Shakespeare’s Band Experience nous offre d’ailleurs une courte prestation.  Mais chut!  Je n’en dis pas plus!

Soulignons aussi le travail des artisans de l’envers du décor.  Les costumes de Julie Morel sont en passe de devenir des classiques pour cette pièce.  Dans certains cas, ils contribuent eux aussi à la drôlerie générale.  La mise en scène de Jacques Laroche est excellente et bien conçue, avec tout le respect dû à Shakespeare.

On sort de la salle avec un sourire, et on court racheter des billets pour une prochaine séance!

King Lear contre-attaque

Une production des Productions Préhistoriques

Jusqu’au 13 septembre 2008 incluant trois supplémentaires.

À l’Espace Libre, 1945 rue Fullum, Montréal

Billetterie : 514.521.4191

Pour en savoir plus : www.lespp.com

Photos : Mario Landerman Vidéo : Les Productions Préhistoriques