Mario Landerman
Mardi, 9 novembre 2010
par Mario Landerman

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La Cerisaie

La Cerisaie : Les cerisiers en pleurs


La Cerisaie, d’Anton Tchekhov, est la dernière pièce du célèbre dramaturge avant son décès, en 1904.  Un legs testamentaire à plus d’un titre, et qui arriva à une époque charnière de la Russie, laquelle devait bientôt subir de profonds bouleversements.


Si on prend le début du XXe siècle comme époque où se déroule le drame de La Cerisaie, que retrouve-t-on dans ce pays?  Nicholas II est empereur de toutes les Russies.  Le début de son règne est caractérisé par une prospérité économique et un prestige militaire qui en font une des grandes nations du monde d’alors.  Mais déjà, dans l’ombre, le paysage économique, social et politique est en train de changer.  Le tsar sait depuis longtemps qu’il ne pourra s’opposer à la marche inexorable du monde moderne, comme en font foi ceux qui lui présentent pétitions et organisent des manifestations pour transformer l’autocratie en monarchie constitutionnelle.  De plus, la bourgeoisie redéfinit les règles d’un jeu social jusqu’alors séculaire.


C’est dans ce contexte qu’on retrouve les personnages de La CerisaieMaude Guérin et Normand d’Amour s’affrontent.  L’une représentant la Russie du passé, l’autre, la marche inexorable vers l’avenir.  L’insouciance et l’oisiveté de la vieille caste sera sans armes contre le représentant de la nouvelle classe possédante, qui abattra les cerisiers et lotira le terrain, une fois ce dernier acheté. 


Tout se joue autour de ce domaine, planté de cerisiers, qui est mis à l’enchère.  La ruine des propriétaires fait qu’un ancien serf, Loupakhine (Normand d’Amour), s’en portera acquéreur.


Lioubov (Maude Guérin) est déchirée entre les gloires du passé et l’inconnu du futur, alors que le présent chavire autour d’elle.  Son frère, Gaev (Michel Dumont), ne peut lui être d’aucun secours, lui-même dépassé par les événements.  Varia (Catherine Trudeau), la fille adoptive de Lioubov, est en conflit permanent entre ses origines modestes, et sa vie dans la noblesse décadente.  Quant à Ania (Audrey Guériguian), sa fille biologique, elle se fait courtiser par un étudiant révolutionnaire, Troufimov (Steve Laplante).


Toute une valetaille évolue autour de cette grande famille ruinée, complétant la distribution.  On y remarquera Gérard Poirier dans son personnage de Firs, un domestique faisant partie des meubles.   Une présence qui commande le respect, montrant que la qualité d’un être humain finit toujours par être perçue, quelle que soit sa condition sur l’échiquier social.


On se prend à rêver de grands espaces avec le décor de La Cerisaie, une création de Martin Ferland.  On ne pouvait procéder autrement pour souligner la démesure d’une époque qui tirera bientôt à sa fin.  D’ailleurs, ne pas manquer l’utilisation intéressante qu’on fait du tapis pour signifier la séparation entre deux mondes; celui du passé, et celui de l’avenir, au troisième acte.


La beauté du théâtre de Tchekhov, c’est d’être intemporel par les thèmes explorés, et on en a un excellent exemple ici.  La vie y est célébrée sous toutes ses facettes.  Le spectateur passera facilement du rire aux larmes tout au long de la représentation. 


L’énergie qui anime certains acteurs est palpable, pour ne pas dire habitée d'une certaine fébrilité, notamment dans le cas de Lioubov.  Et c’est, paradoxalement, ce qui sauve l’ensemble de l’ennui que le spectateur pourrait éprouver devant une telle combinaison de nonchalance et d’insouciance.  Normand d’Amour joue à merveille le contrepoids, représentant la Russie du futur en marche.  La mise en scène d’Yves Desgagnés est ici très efficace, avec un souci du détail dont on lui sait gré.. 

 

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La Cerisaie, c’est le miroir de beaucoup de nos préoccupations modernes, sur toile de fond historique.  Allez vite à la cueillette, avant que les cerisiers ne soient fauchés!


Jusqu’au 4 décembre, au Théâtre Jean-Duceppe de la Place des Arts.


La Cerisaie, d’Anton Tchekhov.  Mise en scène d’Yves Desgagnés.  Avec Maude Guérin, Pierre Collin, Normand d’Amour, Michel Dumont, Gérard Poirier, Catherine Trudeau, Audrey Guériguian, Mathieu Handfield, Steve Laplante, Jean-Christophe Lizotte, Hélène Mercier, Alice Pascual, Étienne Pilon et Jean René.

 

Pour en savoir plus : http://www.duceppe.com/pieces/piece.asp?IDordre=2

 

Photos : François Brunelle

 

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