Jeudi, 15 janvier 2009
par Mario Landerman

affiche

La femme française et les étoiles


La domination de Louise Marleau

Le 13 janvier dernier, c’était soir de première à l’Espace Libre de la pièce La femme française et les étoiles, de Louis Aragon.  Une présentation de la compagnie de théâtre et de mime Omnibus.  Jean Asselin signe une très bonne pièce de théâtre, avec une performance de qualité.


Louis Aragon publie La femme française dans Le libertinage en 1923.  À travers une série de lettres , on découvre la soif d’émancipation sexuelle d’une bourgeoise en quête de son identité.  Nous sommes en pleine période surréaliste dans le domaine culturel français, lequel voit entre autres la redécouverte des écrits du Marquis de Sade, un “surréaliste du sadisme” , selon La révolution surréaliste


La femme française se veut une Marquise de Merteuil moderne, avec un sadisme un peu plus marqué que son aïeule littéraire.  Sans compter les relents d’homosexualité savamment distillés dans  l’oeuvre.  Bref, une proposition qui tombe dans mes goûts. 


Louise Marleau domine la scène, tel un superbe prédateur, son public une proie collective.  On demeure fascinés devant cette grande dame qui nous donne une prestation d’où l’érotisme est présent tout en demeurant hautement crédible.  Certains spectateurs présents n’ont- ils pas rêvé de se substituer à Pau Bachero lors de certains moments marquants de la pièce?   Plusieurs actrices contemporaines de Madame Marleau se seraient cassé les dents sur un tel rôle.  C’est tout à son avantage de créer cette atmosphère chargée de tension érotique. 


Bien que Louise Marleau occupe une large place dans la pièce, un autre personnage se joint à elle pour mieux nous faire vivre ces lettres, lues par l’actrice de façon à en faire ressortir toute la poésie.


Pau Bachero i Bertomeu, comédien et mime catalan, incarne par sa gestuelle l’amant disparu dont la femme lit les lettres.  Il contribue, par son jeu, à intensifier la tension dramatique et érotique.  Plusieurs femmes ont dû soupirer devant le charisme et l’érotisme dégagés par ce personnage.


C’est la première fois que je vois ce jeune homme sur scène.  Ses prestations au Québec furent peu nombreuses.  Dommage, car on gagnerait à le voir plus souvent.  En attendant, on peut toujours suivre sa carrière internationale des plus remplies, particulièrement avec la compagnie artistique qu’il a fondée, MeChAnIcS.


La mise en scène de Jean Asselin et Marie Lefebvre est efficace, et renforce l’impression que nous sommes des voyeurs dans le boudoir de cette femme qui partage ses amours avec nous dans l’intimité.  Une mention spéciale pour les costumes.  Ils contribuent eux aussi à donner une atmosphère presque onirique et hors du temps aux deux personnages.


Louise Marleau est une valeur sûre du théâtre québécois.  Elle nous le montre encore une fois.  Pourquoi ne la voit-on pas plus souvent ?


La femme française et les étoiles
Texte de Louis Aragon, mise en scène de Jean Asselin assisté de Marie Lefebvre.  Avec Louise Marleau et Pau Bachero.
Jusqu’au 7 février 2009 à l’Espace Libre, 1945 rue Fullum.  Billets : 514 521 4191


Pour en savoir plus : www.mimeomnibus.ca

Photos : Robert Etcheverry