Lundi, 17 novembre 2008
par Mario Landerman

Le lion en hiver
Merveilleuse Monique Miller

Le lion en hiver est un classique moderne.  Créé en 1966, à l’Ambassador Theatre de New York, ce drame mettait alors en vedette Rosemary Harris et Robert Preston.  Une adaptation cinématographique en 1968, mettant en vedette la grande Katherine Hepburn et Peter O’Toole, se mérita l’Oscar du meilleur scénario.  En 2003, une autre excellente actrice, Glenn Close, reprend le rôle d’Aliénor d’Aquitaine pour la télévision avec Patrick Stewart.  Au Québec, cette pièce fut jouée à deux reprises au Rideau Vert.

L’auteur de la pièce à saveur historique, James Goldman, touche avec celle-ci le thème de la famille dysfonctionnelle, avant même que le terme soit à la mode.  Au sein de cette famille, on retrouve le patriarche, Henri II Plantagenêt, homme passionné s’il en est un, sa femme, la redoutable Aliénor d’Aquitaine, et leurs enfants : Richard Coeur de Lion, prince vaillant et combatif, Geoffroy, brillant stratège, Jean, prince en titre, à défaut de l’être en bravoure.  Les enfants d’un premier lit d’Aliénor, Philippe et Alaïs, complètent le tableau.  Alaïs est la maîtresse d’Henri, pendant que Philippe complote dans l’ombre.

L’action se passe en France, à Chinon, dans le château d’Henri, le jour de Noël 1183.  Le roi Henri veut désigner celui de ses fils qui lui succédera sur le trône d’Angleterre.  Son choix se porte sur Jean, prince dissipé qui exploite l’affection de son père au maximum.  Mais Aliénor a d’autres idées, soit de favoriser leur fils aîné Richard.

Une lutte sourde et féroce s’engage au point qu’Aliénor ira jusqu’à tenter de convaincre ses fils de se débarrasser de leur père.  Mais Aliénor n’est pas seule à comploter dans l’ombre...

La mise en scène que signe Daniel Roussel est à l’avenant de quantité d’autres pièces qu’il a montées, telles que Being at Home with Claude, My Old Lady, et de nombreux auteurs classiques, dont Feydeau, Claudel, Molière et Shakespeare.

Monique Miller est merveilleuse dans ce rôle juteux d’Aliénor, et elle fait en sorte d’en tirer le maximum de profit.  On ne peut s’empêcher d’être captivé par son personnage, à la fois d’une grande force et d’une vulnérabilité dans les sentiments.   Les répliques mordantes d’Aliénor, livrées avec la suavité de Mme Miller, sont du bonbon.


Michel Dumont donne la réplique à Monique Miller avec une aisance qui illustre une certaine complicité entre les deux acteurs.  Mais le rôle d’Aliénor en est un tellement fort que M. Dumont semble jouer les second violons.  Cela ne veut pas dire que son rôle est insignifiant, bien au contraire mais le plumage d’Aliénor éclipse celui d’Henri.


La jeune génération offre une belle cohésion dans l’ensemble.  Chacun des princes est superbement dépeint, tant dans leurs qualités que leurs faiblesses.  Une mention toute spéciale à Evelyne Brochu, qui incarne le personnage d’Alaïs.  La beauté de cette actrice illuminait les scènes où elle était présente.  Elle me fait penser à deux autres dames du théâtre, qui ont ce pouvoir, soit Michelle Rossignol et Andrée Lachapelle.  Je prédis une éclatante carrière à cette actrice; il sera intéressant de la suivre au cours des ans.
Allez vite voir Le lion en hiver, et laissez-vous envoûter par la lionne!

 

 

Le lion en hiver
De James Goldman
Traduction d’Élizabeth Bourget, mise en scène de Daniel Roussel
Avec Monique Miller, Michel Dumont, Mathieu Bourguet, Evelyne Brochu, Sébastien Delorme, Patrice Godin, Olivier Morin, Laurent Duceppe-Deschênes et Marcel Girard
Au théâtre Jean Duceppe, jusqu’au 6 décembre

Photo : François Brunelle
Vidéo : YouTube