20 mars 2008 par Royal du Perron


La petite pièce en haut de l’escalier

Il y a des atomes crochus entre l’auteure Carole Fréchette et Lorraine Pintal qui signe la mise en scène.  Deux femmes de théâtre d’une même époque, deux grands esprits libres, deux visions parfois similaires.

Grâce (Isabelle Blais) vit dans une luxueuse demeure appartenant à son mari (Henri Chassé). Ce dernier l’aime passionnément et il ferait tout pour elle. Mais il lui impose une interdiction : ne pas aller dans la petite pièce en haut de l’escalier.  

Outre son mari, Grâce est entourée d'une sœur (Julie Perreault), une mère (Louise Turcot) et une aide domestique (Tania Kontoyanni).

Grâce est belle sous ses cheveux blonds et sa robe blanche.  Elle est immaculée, presque diaphane. Elle est riche et adulée de son entourage. Mais le drame ne se dessine-t-il pas quand on a tout pour être heureux ? On avait donc prévu qu’elle s’ennuierait à mourir dans ce manoir de 28 pièces. Sa vie est un long fleuve tranquille, voire ennuyant. Alors elle cherche le piquant, le sel de son existence blasée.

Telle une Ève sortie tout droit de la Genèse, elle veut goûter à la pomme du péché originel, en violant l’entente et la promesse faite à son Jules. Elle se rend dans la pièce interdite et voilà que le délire commence. 

Julie Perreault et Louise Turcot défendent avec aplomb leur personnage de femmes attachées à la terre. Un monde les sépare de Grâce, moins accessible, plus éthérée, plus aérienne.

Henri Chassé défend son rôle de manière entendue et Tania Kontoyanni a totalement disparu dans la peau de la servante.

La grande scène du TNM accueille joliment bien le décor de Danièle Lévesque et la musique de Michel Smith supporte bien les moments de délire d’une femme ayant franchi les interdits et dont la rançon sera de départager le vrai du faux, le réel de l’irréel. Comme dans Barbe-bleue, il y aura un prix à payer.  Quand le cadavre, qui n’est en pas un, commence à bouger, on s’interroge encore plus.  Grâce rêve-t-elle ? Est-elle envoûtée ?  Se complait-elle dans sa folie ?  Puis le corps disparaît et on retourne à la case départ, impuissant témoin de la rage d’un mari trompé.

Un texte fignolé, des personnages bien définis, des acteurs talentueux. Toute la mécanique était en place pour nous confronter dans les recoins secrets de l’âme, nous embarquer dans une histoire fantasmagorique, nous faire vivre l’exaltation mais les ressorts n’ont pas fonctionné.

La petite pièce en haut de l’escalier, au Théâtre du Nouveau Monde, jusqu’au 29 mars.

Réservations : (514) 866-8668

Pour en savoir plus : www.tnm.qc.ca

Photos : Yves Renaud