Mario Landerman
Lundi, 20 avril 2009
par Mario Landerman
 

Affiche Maldoror-paysage

Maldoror-Paysage : L’ado du XIXe siècle


Il est toujours intéressant de voir une pièce qui va nous présenter, à travers les âges, une facette de la société qu’on ne s’attendait pas à voir.  Le cas de de Maldoror-Paysage en est une preuve à l’appui.  Un spectacle qui arrive à point avec tous ces massacres estudiantins des dernières années.  Comme Kimveer Gill à Dawson, pour prendre un exemple près de nous.


Isidore, jeune étudiant de 15 ans, est rejeté et moqué par son entourage.  Ça semble familier?  Pour beaucoup de nous, adultes, un tel passé n’est jamais loin dans la mémoire.  Et j’oserais dire que certains même ont à traiter au quotidien avec des séquelles de cette période.  Blessé par son entourage, il s’invente un alter-ego dont la cruauté est sans limites : Maldoror.  Créature surhumaine et malfaisante, Maldoror lutte contre Dieu et la beauté en commettant des crimes.  Dans le monde imaginaire habité par la folie destructrice de Maldoror, les objets et les animaux parlent, les métamorphoses se multiplient, un adolescent menace d’être séduit par Maldoror.


Le comte de Lautréamont (de son vrai nom Isidore Ducasse), publie les Chants de Maldoror en 1869.  Il mourra un an plus tard.  Mais son oeuvre, assez effrayante pour que l’éditeur refuse de la diffuser, connaîtra une reconnaissance posthume, notamment avec le mouvement surréaliste.  Et maintenant, les Trois Tristes Tigres font un festin des Chants.


Sous le pseudonyme des Trois Tristes Tigres se cache une compagnie de théâtre de création, dont Olivier Kemeid est le directeur artistique.  On leur doit aussi l’Énéide, adulée par la critique, montée en 2007 à l’Espace Libre.


Une fresque surréaliste, un peu à la façon des landscape plays de Gertrude Stein, c’est à un paysage délirant que nous avons droit par moments.  Partout où l’oeil se porte, il se passe quelque chose.  Ce qui permet à deux spectateurs de ne pas voir exactement la même pièce.  La point de vue d’une scène étant modifiée par l’ordre où on regarde évoluer les personnages.  Et dans Maldoror, chaque acteur interprète plusieurs personnages.  Certains des costumes sont particulièrement inventifs, et contribuent à peupler le bestiaire de Maldoror. 


Les textes du comte de Lautréamont n’ont pas vieilli, et leur transposition à la vie moderne des adolescents encore plus juste.  Que ce soit dans les formes de narration employées (slam, spoken word, voix modifiées électroniquement), ou dans la mise en scène d’Olivier Kemeid, Maldoror-Paysage rencontrera un écho favorable chez ceux qui ont vécu, ou vivent une jeunesse tourmentée.


Maldoror-Paysage

Jusqu’au 25 avril à l’Espace Libre

Auteur : comte de Lautréamont.  Mise en scène d’Olivier Kemeid.  Avec Mathieu Gosselin, Pierre Limoges, Jean-François Nadeau, Vincent-Guillaume Otis et Elkahna Talbi.


Pour en savoir plus : http://www.espacelibre.qc.ca/html/prog-spectacles.html#maldoror

 

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