Mario Landerman
Vendredi, 21 janvier 2011
par Mario Landerman

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Minuit Chrétien

Minuit chrétien : du bonbon!


Ah, le temps des fêtes!  Période de réjouissances, de paix, d’amour de son prochain…


…tout ce que Minuit chrétien, la pièce présentement à l’affiche chez Duceppe, n’est pas!


Sur la recommandation de Royal du Perron, dont vous pourrez lire la critique ici, je suis allé voir un réveillon pas comme les autres.  Mais au fond, si différent que cela?  Qui d’entre nous n’a pas été invité à une fête qui tourne au vinaigre, où les engueulades se succèdent, à un point que l’occasion célébrée passe en second plan?


Pour ceux qui aiment leurs soupers des fêtes bien arrosés, avec des révélations plus croustillantes que le repas, vous allez être servis!
L’auteur, Tilly, un breton à la plume grinçante, offre une famille tellement dysfonctionnelle qu’elle en devient universelle.  Tout comme Michel Tremblay avec Belles-Sœurs, il emprunte le mécanisme du membre de la famille détesté et méprisé, versus une coterie familiale dont la vertu de surface cache de bien noirs desseins.


Vous allez rire, ça, c’est garanti!  Mais vous allez rire jaune…


La pièce commence dans une maison cossue, où on se prépare à dignement fêter Noël.  Le décor ici est tout à l’image de ce temps de festivités, une création de Réal Benoît.  Comme les appartements de la maison sont ingénieusement ouverts au spectateur, on peut y voir de nombreuses scènes en parallèle avec l’action principale.  Nous faisons alors connaissance avec un couple des plus bourgeois, Pierre (Gilles Renaud) et Georgette (Michèle Deslauriers), leur fils Pascal (Vincent-Guillaume Otis), et leur fille Valérie (Émilie Bibeau).  Viennent se greffer à cette petite famille la sœur de Georgette,  Geneviève, et son médecin de mari, Jean-Paul (Monique Spaziani et Yves Amyot), et le mari de Valérie, Pat (Bobby Beshro).  Pour finir, on retrouve la mère de Georgette et Geneviève, Bernadette (Adèle Reinhardt), une amie de la famille, Micheline (Chantal Baril), et la meilleure amie de Pascal, Lou, incarnée par Anne-Élisabeth Bossé.


Le tout commence bien, et rien ne saurait différencier ce réveillon de tant d’autres, de par sa qualité digne d’une carte de souhaits, au complet avec la chanson-titre jouant en toile de fond.  Mais la couche de vernis est si mince que, dès les premières minutes, on voit l’animosité entre Georgette et sa mère.  Heureusement, se dit-elle, que cette encombrante matriarche va être mise en résidence pour gens âgés très bientôt.


Tout au long de la pièce, on regarde ainsi évoluer un beau panier de crabes.  Pierre est alcoolique, et a un côté « mononcle » qui le porte à mettre ses mains là où il n’a pas d’affaire.  Georgette ne se contente pas seulement de placer sa mère ; elle veut aussi la dépouiller pour son profit personnel, aidé en cela par sa fille Valérie, une créature avide pour laquelle seule compte le succès.  Le mari de celle-ci est une parfaite personnification du « colon », malgré ses airs sympathiques.  Le couple formé de Geneviève et Jean-Paul, s’en va à la dérive, avec d’un côté une supposée nymphomane, et de l’autre un coureur de jupons qui ne manque pas de toupet.
D’ailleurs, un des moments parmi les plus drôles de la pièce dévoile les affaires de cœur du bon docteur à la famille médusée, pour le plus grand amusement des spectateurs.


Au milieu de tout cela, la matriarche, doucement perdue, ne se rendant pas compte sur le coup qu’on veut lui enlever jusqu’à sa maison, et même sa dignité, son petit-fils Pascal, jeune homme secret, et l’amie de ce dernier, Lou, qui observent cette famille tout d’abord avec un détachement qui évoque habilement une laborantine observant le comportement d’une famille de rats.


Au cours de la soirée, Pascal, exaspéré par sa parenté et le traitement infligé à sa grand-mère, fait une révélation-choc qui va décaper complètement le peu de vernis qui reste à cette famille.  Il déclare être gai.  La famille de rats évolue en tous sens dans la cage du labo, couinant à qui mieux mieux contre celui qu’ils déclarent, par consentement tacite et mutuel, le « casseux de party ». 


René-Richard Cyr signe la mise en scène, et l’adaptation du texte.  Sa direction des comédiens est excellente.  Et la pièce, comme je l’ai déclaré plus tôt, présente un air de famille avec Belles-Sœurs.  La table de bois de la salle à manger a remplacé la table de formica, mais les basses passions humaines demeurent les mêmes.


Minuit chrétien fait réfléchir à plus d’un niveau.  Sur le traitement des personnes âgées, par exemple.  Je suis persuadé qu’une Georgette véritable, penserait que sa mère ne la mérite pas, tellement elle est bonne fille de l’endurer, malgré tout ce que cette mère lui fait subir.  Mais en vérité, cette mère ne mérite pas cette teigne de fille.  Imaginer une suite à la pièce est simple.  La vieille mère moisit dans un centre, égrenant les minutes qui la rapproche de sa mort.  Georgette fait des apparitions très épisodiques, généralement pour encaisser chèques et faire signer papiers pour mieux dépouiller sa mère de ses biens.  Avec, en récompense, une boîte de chocolats reçue au dernier Noël pour montrer à quel point elle est bonne, et prend bien soin de sa mère!


Quant à Pascal, les réactions de la famille sont des plus franches.  J’ai aimé le tour qu’a pris la pièce sur le sujet, avec un gai qui, une fois avoué son orientation, ne se laisse plus marcher sur les pieds, malgré les commentaires homophobes de son imbécile de beau-frère, le dégoût de son père, ou l’égoïsme flagrant de la mère et de la sœur envers le fauteur de troubles.  Le départ de Pascal à la fin de la pièce est un moment jouissif, pour tous ceux qui ont eu à vivre semblable situation.


Fiasco total, un à un les rats quitteront ce Titanic de Noël, la dinde séchant dans la rôtissoire. Mais que serait une telle comédie grinçante sans un punch final?  Je ne vous le dévoilerai certes pas, mais qu’il me suffise de dire que la réaction du personnage incarné par Gilles Renaud vaut à elle seule le prix du billet! 

 

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Minuit chrétien, c’est l’heure solennelle pour aller non pas à l’église, mais chez Duceppe pour une pièce qui saura faire rire tout autant que nous forcer à l’auto-examen. 


Minuit chrétien, de Tilly, mise en scène par René-Richard Cyr avec Michèle Deslauriers, Adèle Reinhardt, Gille Renaud, Yves Amyot, Chantal Baril, Bobby Beshro, Émilie Bibeau, Anne-Élisabeth Bossé, Vincent-Guillaume Otis, Monique Spaziani.


Chez Duceppe, jusqu’au 5 février.



Pour en savoir plus : http://www.duceppe.com/pieces/piece.asp?IDordre=3



Photos : François Brunelle

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