Jeudi, 27 juin 2008
par Daphné Bathalon

Affiche de Nebbia Valérie Remise

Nebbia : la traversée des brumes

Prenez un siège dans un banc de brume, installez-vous confortablement pour entendre des histoires, acceptez les rêves comme ils viennent, acceptez les images et les mirages. Pour apprécier Nebbia, il faut oublier que vous êtes assis dans une salle de théâtre et vous laisser transporter dans un petit village à 300km de la mer. Comme la grand-mère du narrateur, il suffit alors d’ouvrir la bouche et d’avaler Nebbia, le brouillard, ainsi qu’on le nomme en italien.

Depuis le 9 septembre, ce brouillard magique enveloppe tout doucement la scène du Théâtre du Nouveau Monde. Après une tournée d’une centaine de représentations en Europe, en Colombie, au Mexique et en Corée du sud, le Cirque Éloize et le Teatro Sunil arrivent en Amérique du Nord pour nous présenter le dernier volet du triptyque entamé avec Nomade. La trilogie du ciel comporte trois spectacles Nomade, Rain et Nebbia. Chacun à leur manière, ils nous font découvrir le ciel, Nomade présentait le ciel nocturne (bien plus grand), puis Rain parlait de celui qui tombe sur nos têtes et enfin, avec Nebbia, on s’imprègne du ciel qui descend dans nos yeux.

Assiettes de Valérie Remise

Le théâtre acrobatique du Cirque Éloize se marie à merveille avec la poésie visuelle de Daniel Finzi Pasca qui met ici en scène un petit bijou dans un écrin de bonne humeur. Très loin de la violence du monde, de l’intolérance et de la misère, la perfection des corps et celle du mouvement côtoient l’imperfection et la douleur. L’imperfection de Nebbia, c’est celle de Stéphane, un être en déséquilibre constant car ses muscles ne lui répondent pas. Sur scène, ses déplacements douloureux se révèlent finalement pourvus d’une étrange grâce. C’est pour lui que les gens du village organisent une fête, font les clowns et revêtent leurs tutus, tout blancs.

Valérie Remise

Sous un soleil très pâle, les onze artistes de la troupe s’exercent au trampoline, aux cerceaux, à la chanson, au trapèze… Les tableaux apparaissent et se dispersent comme dans un rêve, un élément d’un précédent tableau revenant ponctuer le suivant afin de lier l’ensemble. Ces éléments permettent de ne pas perdre le fil, car sans eux, les spectateurs demeureraient égarés dans un numéro particulièrement beau ou particulièrement inspirant. Difficile en effet de laisser derrière soi les splendides images de ce trampoline en panorama sur lequel les artistes ne semblent pas sauter, mais au-dessus duquel ils semblent simplement s’envoler. La scène tout en hauteur du Théâtre du Nouveau Monde se prête fort bien au caractère aérien du spectacle, bien que, pour apprécier certains numéros à leur juste valeur, il faille profiter d’une place au parterre. Malheureusement, au balcon et au paradis, certaines prestations sont partiellement cachées par le haut de la scène.

Valérie Remise

Au cirque, on a besoin d’un espace pour transporter le public ailleurs. Ce sont cette fois les éclairages plus que le décor qui créent les ambiances nécessaires à ce voyage. Cela n’est pas étonnant puisque dans le brouillard, le lointain s’efface, ne laissant plus rien voir que ce qui est directement sous nos yeux. Ainsi, la lumière traverse-t-elle deux grandes toiles avant de nous parvenir tamisée et d’éclairer la scène. Tour à tour dense ou intimiste, la lumière varie selon ses sources : de la simple lampe suspendue aux ingénieux miroirs orientés vers le public, en passant par tous les reflets, sur les corps et sur les objets, elle cisèle l’espace et les démonstrations d’habiletés.

Étoile de Valérie Remise

Pour accompagner et magnifier les numéros, la musique de Maria Bonzabigo apparaît essentielle. Seulement quelques pièces sont jouées sur scène par les artistes de la troupe, la majeure partie de la partition ayant été enregistrée en Suisse par l’Orchestra della Svizzera italiana. Les instruments à cordes et les instruments à vent mêlent leurs sonorités aux voix humaines pour former des mélodies légères ou symphoniques pendant tout le spectacle. Chaque numéro profite de cet apport sonore bien que parfois les yeux soient tellement occupés à tout enregistrer que les belles ballades passent un peu inaperçues.  Cependant, mariée aux images, la musique continue de bercer les rêves bien longtemps après la tombée du rideau et la sortie de la salle.

Une salle que les spectateurs quittent par ailleurs le sourire dans les yeux et avec une forte envie de partager ce qu’ils viennent de voir. Pendant tout le spectacle, ils ont été privés de mots, réduits aux réactions pures. Ils ont manifesté par élans émotifs lors de certaines scènes touchantes et même, lors du numéro de contorsion du Paraguayen Felix Salas, par petits cris de douleurs. La foule, très réactive, n’a pas manqué d’applaudir chaleureusement tous les artistes à la fin de la représentation.

Ce ciel, descendu nous envelopper pendant près de deux heures, a ravi nos sens sans ennui ni longueur. Bons rêves embrumés.

Au Théâtre du Nouveau Monde, jusqu’au 4 octobre

DERNIÈRE HEURE : En supplémentaires jusqu'au 11 octobre

Réservations : (514) 866-8668


Pour en savoir plus : www.tnm.qc.ca

Photos : Valérie Remise