Sébastien Dion
Mardi, 24 mars 2009
par Royal du Perron

Affiche La charge de l'orignal épormyable

La charge de l’orignal épormyable



Le TNM revisite ce classique de Claude Gauvreau écrit en 1956. C’était  une époque troublée. Celle où des médecins, avec la complicité du clergé, signaient des diagnostics de malades mentaux à des enfants en parfaite santé mais nés de mères célibataires.   Ces «enfants de Duplessis», étaient des encombrements pour la société et on les stigmatisait dans des institutions québécoises subventionnées par le gouvernement fédéral.  Cela se faisait au grand jour, avec la complicité des citoyens qu’on nommait alors les «fidèles». Le climat était malsain et toute la société en était perturbée. Seuls les plus forts pouvaient résister.  Durant la représentation, en voyant François Papineau se faire martyriser, j’ai eu une pensée pour Normand Chaurette et son Rêve d’une nuit d’hôpital avec, en toile de fond, Nelligan dans sa cellule à St-Jean-de-Dieu, maintenant Louis-H. Lafontaine.


Tous les acteurs rendent magnifiquement bien leur personnage dans cet univers troublant. Éric Bernier, tel un virtuose de la danse, bouge de façon merveilleuse, Sylvie Moreau et Céline Bonnier, s’amusent malicieusement à jouer les jumelles (je les ai souvent confondues).  Francis Ducharme maîtrise formidablement son jeu, Pascale Montpetit disparaît dans la coquille de la poupée mécanique pendant que Didier Lucien donne tout un souffle à la cruauté. Quant à François Papineau, dans le rôle du patient victime d’expériences médicales loufoques, le fabuleux comédien porte littéralement la pièce sur ses épaules, tel un athlète de premier plan aux Jeux Olympiques de l’ère moderne.  On faut voir ses nombreuses prouesses et son numéro de «patins à roulettes», du grand art.


Les cris hurlants ponctués de musiques stressantes aux décibels maximisés ne conviendront pas à tous les publics.  Ajouter à cela le délire, la violence, le sadisme et on comprendra l’immense courage de Lorraine Pintal d’avoir osé signer la mise en scène. Fort habilement, d’ailleurs car le résultat est éclatant. Une pièce percutante et nécessaire, qui plonge le spectateur dans une avenue sans issue, une tranche de vie affreuse, un univers cauchemardesque. Un No Man’s Land, comme l’a vécu Nelligan dans son rêve nocturne.

 


La charge de l’orignal épormyable de Claude Gauvreau, mise en scène par Lorraine Pintal avec François Papineau, Éric Bernier, Francis Ducharme, Didier Lucien, Pascale Montpetit et Sylvie Moreau.


Au Théâtre du nouveau monde, jusqu’au 4 avril.


Pour en savoir plus : www.tnm.qc.ca

 

Photo de l'affiche : Jean-François Gratton

Photos du diaporama : Yves Renaud