Mario Landerman
Mardi, 23 juin 2009
par Mario Landerman
 

Affiche

Oscar : le divertissement de l’été

S’il est une image que chaque spectateur de la pièce Oscar ramène avec lui, c’est bien un Benoît Brière complètement sauté (au propre comme au figuré) qui nous dépeint à sa façon un soutien-gorge.  Une trouvaille gestuelle humoristique qui va passer dans toutes les couches de la société, tout comme ses personnages des annonces de Bell étaient appréciés par un grand nombre.

Mais le soutien-gorge rangé dans la valise, et il ne risque pas d’y rester très longtemps, que reste-t-il de la pièce Oscar, présentée au Théâtre du Vieux Terrebonne?  Une très bonne pièce, avec des acteurs chevronnés, et une époustouflante mise en scène, magnifiquement réglée.

Le théâtre d’été revient de loin.  Genre hautement décrié par la critique et certains comédiens puristes (lesquels, curieusement, ne disaient jamais non à une offre de jouer), le public québécois a pu voir l’évolution de ce type de théâtre.  Au point que, de nos jours, les offres estivales sont aussi sophistiquées que les productions annuelles.  Avec cependant une légèreté de bon aloi.

Oscar fut créé en 1958 par Claude Magnier, avec Louis de Funès dans le rôle juteux de Monsieur Barnier.  Je suis sûr que beaucoup de critiques vont dire qu’avec Oscar, Brière a ressusscité de Funès.  Rien n’est plus faux.  Pour ceux qui suivent la carrière de Benoît Brière avec intérêt, on savait déjà qu’il était la réincarnation du regretté comique français.  Il en avait déjà donné les prémices lors d’autres pièces de théâtre, comme Le Misanthrope ou Ténor recherché.  De plus, il partage avec de Funès un répertoire de grimaces et de gestes qui rendent l’illusion plus complète.  Mais Benoît Brière demeure un acteur unique dans le domaine du théâtre québécois. Pouvant passer de Molière à Tremblay, son répertoire est des plus étendus, avec une nette tendance vers la comédie.

L’intrigue tient dans une valise.  Christian Martin, employé du promoteur Bertrand Barnier, vient informer son patron qu’il est l’amant de sa fille, lui demander sa main, et accessoirement lui révéler un détournement d’argent.  Au cours de la pièce, les rapports de force en présence s’enveniment entre les deux personnages, lesquels se livrent à de nombreuses arnaques autour d'une mallette pleine d'argent.  Les situations deviennent de plus en plus rocambolesques, et Bertrand Barnier devient de plus en plus hystérique...à notre grand plaisir!

 

Alain Zouvi signe là une mise en scène qui en met plein la vue.  Il est heureux que Zouvi soit lui-même acteur, ce qui lui a donné l’expertise de régler au quart de tour cette comédie.  Tâche d’autant plus difficile que Brière n’est qu’un des acteurs à diriger parmi les dix qui se partagent la pièce.  Mais on sent l’amour dans ce travail particulier.  Et c’est sans doute ce qui fait de la pièce un succès ; c’est une œuvre d’amour de la comédie de tous les gens impliqués.

Ce qui m’amène à parler de ceux qui partagent la vedette avec Benoît dans cette comédie.  Certains rôles se démarquent, par la longueur et le nombre de leur apparitions , offrant ainsi l’occasion  de faire valoir le potentiel comique du comédien.  Josée Deschênes joue l’épouse de Monsieur Barnier.  Experte pour perdre l’équilibre lors de ses sorties de scène, il est alors heureux que le tapis du décor n’ait pas de fleurs, car on la verrait tomber souvent!  La fille de Barnier, par contre, est un cas signé Marie-Ève Beaulieu.  Cette sirène de pompiers en mini-jupe utilise tout le savoir-faire de son précédent rôle dans Sweet Charity pour démontrer qu’elle ne manque pas de souffle!  Ouf!

Gabriel Sabourin savoure son entrée dans l’escroquerie par la grande porte, avec son personnage de Christian Martin.  Donnant bien du fil à retordre à Monsieur Barnier, pour notre plus grand plaisir!

Caroline Bouchard et Martin Héroux forment la domesticité actuelle des Barnier, Bernadette et Roger.  Chacun à leur façon vont chercher les rires de l’assistance avec le toupet de l’un et le soutien-gorge de l’autre.

Danielle Lépine, Frédéric Millaire-Zouvi, Stéphane Breton et Léa Traversy se partagent des rôles qu’on ne saurait qualifier de mineurs, car ils font, chacun à leur façon avancer l’intrigue de la pièce à sa conclusion satisfaisante, musicale et endiablée!

Une mention spéciale pour deux acteurs à part entière, mais dont on ne fait mention dans la liste des comédiens;  le décor et le soutien-gorge.  Benoît Brière principalement, mais aussi les autres acteurs utilisent ce décor pour en tirer toutes les situations comiques possibles.  Et il faut ajouter que c’est une merveille de désign des années 60.  Encore une fois, ce sont ce genre de détails qui démarque le Théâtre du Vieux-Terrebonne des autres.  Une production très soignée est toujours hautement  appréciée du public.

Oscar est LE divertissement théâtral de l’été.  Bien sûr, je comprends que le fatigant Benoît Brière en a le rôle principal, que le fatigant Alain Zouvi signe la mise en scène, et que le soutien-gorge est bien fatigant.  Mais je vous garantis que vous ne vous fatiguerez pas de rire!

 

Oscar, au Théâtre du Vieux-Terrebonne, jusqu'au 5 septembre.

De Claude Magnier. Mise en scène d'Alain Zouvi. Avec Marie-Ève Beaulieu, Caroline Bouchard, Stéphane Breton, Benoît Brière, Josée Deschênes, Martin Héroux, Danielle Lépine, Frédéric Millaire-Zouvi, Gabriel Sabourin et Léa Traversy.

 

Pour en savoir plus : http://www.theatreduvieuxterrebonne.com/fr/programmation_theatre-ete_oscar_theatre-ete-2009.php?ik_programmation=343

 

Photos : François Brunelle

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