Sébastien Dion
Mercredi, 28 janvier 2009
par Mario Landerman

Image concept

Provincetown Playhouse, juillet 1919, j’avais 19 ans


Miroir, dis-moi...


Pour les jeunes adultes, branchés culture années 80, plusieurs pièces de notre théâtre avaient des connotations gaies.  Plusieurs furent présentées.  Parmi ces pièces, les Feluettes, Ton souvenir en moi, ou encore La contre-nature de Chrysippe Tremblay, écologiste.


Provincetown Playhouse se trouvait parmi elles.  27 ans plus tard, qu’en reste-t-il?


Un auteur simule la folie dans la relative sécurité de son asile d’aliénés, afin d’éviter la peine capitale suite au projet machiavélique et meurtrier qu’il forma en voyant son amant dans les bras d’un autre.


À sa création en 1982, l’accent était mis sur le triangle amoureux et les implications sociales de nos actes.  À sa relecture, on a abandonné toute référence à l’homosexualité, privant ainsi le spectateur d’un apport important à la compréhension de l’intrigue.


Le découpage de la pièce originale en un thriller de 19 tableaux qu’en a fait la metteure en scène est une brillante idée, avec cependant quelques choix discutables.


On a fait beaucoup d’emphase sur la mise en scène, par Carole Nadeau.  Artiste multidisciplinaire, elle utilise tous les moyens techniques actuels pour apporter d’autres dimensions, allant de la vidéo à des jeux de miroirs. 


Ces trouvailles techniques, bien qu’impressionnantes, laissent le spectateur en appétit.  Ce dernier se sent gagné par une confusion générée en diverses propositions scéniques étalées de toutes parts.


Une des composantes essentielles du théâtre, le contact des acteurs avec les spectateurs, se trouve brisé par l’intervention des miroirs.  Une excellente idée en soi, dont on en voit l’usage inventif tout au long de la pièce.  Lorsque le contact entre acteur et spectateur est rompu, l’intrigue devient confuse, risquant ainsi de lasser certains spectateurs.

Martin Bélanger
Martin Bélanger, en Charles Charles 38 dans Provincetown Playhouse


C’est si vrai que le personnage principal, parlant du spectateur moyen, s’écriera au milieu de la pièce : « il ne comprendra rien ».  Sans le savoir, avec cette réplique, il venait de se faire l’écho de nombreux spectateurs aussi déroutés que moi jusque-là.


De cette façon, la pièce fut longue à démarrer.  Une fois la vitesse de croisière trouvée, on a pu apprécier l’apport de la technologie, à un thriller qui s’est payé les moyens de ses ambitions.


Cette pièce ne s’adresse pas à tous les publics.  Elle doit être approchée avec patience et ouverture d’esprit.  Ce qui peut être difficile, lorsqu’on se sent déconnecté de l’action scénique.


Provincetown Playhouse, juillet 1919, j’avais 19 ans
Texte de Normand Chaurette, mise en scène de Carole Nadeau.
Avec Martin Bélanger, Christian Brisson-Dargis, Benoît Drouin-Germain, Éric Forget et Xavier Malo.
Au Théâtre d’Aujourd’hui, jusqu’au 1er février.


Pour en savoir plus : http://www.theatredaujourdhui.qc.ca/provincetown

 

Photos : Jean-Sébastien Baillat