31 juillet, 2006 par Royal du Perron


Recherche aveugle du bonheur

NOTE : Les photos de Mario Landerman ont été prises lors d’une «mécanique» la veille de la première médiatique.

«Shopping & Fu**ing est une cérémonie festive où le théâtre dépeint, avec ironie humour et sarcasme, notre société de consommation. Mark Ravenhill nous propose un voyage dans un univers aux couleurs de plats surgelés, de sexe, de drogues, d’amour, de futurisme, de fin du monde, d’espoir, de folie, de pouvoir et d’argent.» explique le metteur en scène Christian Lapointe, dans le programme.

La pièce de Mark Ravenhill a été écrite à Londres dans un contexte de fin de siècle, de fin de millénaire. On traversait alors une sorte d’urgence planétaire, avant qu’une page d’histoire ne se referme sur l’humanité. Mais dix ans plus tard, le lieu et le contexte sont peut-être différents.

Ce qui faisait plaisir à décrier il y a une décennie l’est-il toujours encore, une fois bien entamé le 3e millénaire ? Certes, on pourra toujours dénoncer la malbouffe et l’amour libre à tous les coins de rue. La vie vécue pour les seuls plaisirs du sexe et de l’argent. Mais il semble qu’une décennie plus tard, le momentum ne soit plus tout à fait le même. Ou alors, le texte traversera les âges mais des mises en scène différentes le feront revivre. Cette pièce nécessaire vient par ailleurs tonitruer dans les concerts de galas et de festivités actuellement en cours avec les Outgames et Divers/Cité.

La mise en scène de Christian Lapointe, avec une introduction «rappée», un débit au style techno, au rythme saccadé, laisse un peu pantois. Un univers en déroute, un monde qui se cherche et dont les valeurs morales sont passablement évacuées. Quand ils n’ont pas de texte à livrer, les personnages restent sur scène, jambes écartées, dos au public.

Le décor, constitué de deux séries d’étagères latérales fabriqués de verre et de métal, dans les teintes de beige et de blanc, représente à la fois le fast-food et le shopping. Les plats congelés (contenants d’aluminium au couvercle cartonné) et des vêtements sur cintres, issus d’une mercerie unisexe. Plus loin, des verres peuvent représenter un bar, symbole d’une société de consommation nocturne.

Le personnage du prostitué efféminé porte un costume assez étrange composé de collants blancs et de caleçons turquoise à braguette bien dessinée. Des talons aiguilles et un débardeur de mousseline blancs complètent l’ensemble.

Certaines conventions, notamment dans la représentation des jeux sexuels font sourire. Sauf exception, les acteurs jouent assez bien mais ne réussissent pas toujours à convaincre. Par ailleurs, l’excellent Marcel Pomerlo livre un réquisitoire final alliant gestes et paroles de façon sublime. Un jeu digne des plus grands acteurs.

Les diverses scènes sont identifiées au moyen de diapositives, une appréciable économie de moyens. Le ton utilisé demeure à la longue assez lassant. L’heure et demie sans entracte, assis dans une salle au confort relatif, c’est beaucoup. «Quand les fesses ne le prennent plus, disait Gratien Gélinas, il n’y a plus rien qui passe.»

On a compris que le monde ne comprenait pas. Mais on aurait pu voyager loin dans cette recherche aveugle du bonheur, dommage qu’on soit resté sur place.

Shopping & Fu**ing, mise en scène Christian Lapointe, avec Marie-Ève des Roches, Benoît St-Hilaire, Parick Martin, Alexandre l’Heureux et Marcel Pomerlo.

Au Théâtre National, jusqu’au 4 août, 2006

Pour en savoir plus : (514) 845-2014 ou (514) 790-1245
http://www.shoppingtheatre.com/

Photos : Mario Landerman