22 avril 2008 par Mario Landerman


L’imprésario de Smyrne : un triomphe!

Cette pièce clôture la saison 2007-2008 du Théâtre du Nouveau Monde.  Lorraine Pintal nous a récemment dévoilé le contenu de la nouvelle saison, dont fait état le reportage de mon collègue.

La pièce raconte les tribulations d’un imprésario turc, fraîchement arrivé à Venise.  Il veut monter une troupe formée de chanteurs d’opéra.  Mais entre les artistes et l’imprésario se dressent quelques intermédiaires sans scrupules.  Ces derniers espèrent se remplir les poches en flattant tout le monde.

Une distribution des plus brillantes fait de cette pièce une fin de saison triomphale pour le TNM. 

Sylvie Drapeau, toute en grâce mais surtout en beauté, peint brillamment le personnage de Lucrezia.  Chanteuse florentine à la beauté angélique, elle attire l’attention de tous les hommes autour d’elle.  Sûre de son pouvoir, elle ne peut se contenter que de la première place.  Partout, toujours.

Pascale Montpetit en Tognina est tout simplement tordante.  Avec un costume digne de la Commedia Dell’Arte, le bouffon du trio tire très souvent la couverture de son côté par ses pointes de vulgarité.  Mais comment faire autrement lorsqu’on est transformée, par la magie du costumier Marc Senécal, en une pièce montée ambulante?

Sophie Cadieux incarne Annina, une chanteuse bolognaise très spontanée.  Avec une robe et des manières qui rappellent  furieusement Dominique Michel, elle aussi veut sa part du gâteau, ne reculant devant rien pour attirer l’attention de l’imprésario.


Autour de ce trio délectable évolue une cohorte masculine qui  sert à merveille les intérêts de la pièce.  Le chef de file étant sans contredit Alain Zouvi, l’imprésario du titre.  Emmanuel Bilodeau chausse les souliers de Carluccio, un chanteur d’opéra à l’immense talent...du moins, le croit-il!  François Arnaud, Pierre Chagnon, David-Alexandre Després, Sébastien Dodge, Robert Lalonde et Rénald Morin se partagent le reste des rôles masculins.  Castrats, chanteurs ratés, imprésarios véreux, tout y est pour le plaisir du public.

Une mention spéciale à Catherine B. Lavoie, la voix de cette pièce, une mezzo-soprano de talent.

Cette comédie est toujours aussi actuelle que lors de sa création par Carlo Goldoni.  Les guerres feutrées entre artistes pour obtenir un rôle convoité demeurent encore vivantes.  Hollywood regorge de cas de ce genre.  Quant aux prima dona, elles ont encore la cote, tant au Québec que partout ailleurs dans le monde.   Le texte original, traduit et remanié par Marco Micone, est plein de petites touches qui font paraître la pièce intemporelle.  On pourrait changer costumes et décors pour ceux du XXIe siècle, que les dialogues ne prendraient pas une ride.  En effet, nos trois ambitieuses sont prêtes aux pires bassesses pour obtenir le premier rôle tant convoité.  Dénuées de talent, vaniteuses et égocentriques, elles rivalisent sans mesure afin de se faire remarquer.  Tout dans le paraître.  Ces acteurs n’ont rien à manger, mais déambulent dans des costumes richement ornés!

La mise en scène de Carl Béchard est excellente.  Mais à quoi peut-on s’attendre de celui qui a signé celle du Malade Imaginaire, triomphe de l’année dernière au TNM?  Les décors sont extrêmement ingénieux, preuve du savoir-faire de l’équipe technique.

Cette pièce clôture en beauté la présente saison du TNM.  Courez-y!  Ces deux heures de spectacle sont très vite passées!

L’imprésario de Smyrne.  Au Théâtre du Nouveau Monde jusqu’au 10 mai. 

Pour en savoir plus : 514 866-8668

www.tnm.qc.ca

Photos : Jean-François Gratton