Céline de la Roche
Jeudi, 28 avril 2011
par Céline de la Roche

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Sonate d'automne

 

Sonate d’automne : un huis clos troublant

 

Sous la direction du metteur en scène Marcel Pomerlo, Andrée Lachapelle et Marie-France Marcotte se jettent corps et âmes dans une difficile relation mère-fille explorée par le suédois Ingmar Bergman. Une pièce à quatre voix, vibrante d’humanité avec des personnages en constance quête d’amour, enfermés dans un huis clos troublant.

Charlotte, célèbre pianiste, n’a pas vu sa fille Eva depuis sept ans, quand elle répond à l’invitation de cette dernière à venir séjourner quelques jours dans le presbytère où elle vit avec son mari pasteur. Des retrouvailles éclatantes et chaleureuses, pleine de sourires et d’émotions, accompagnées d’une partition de Chopin… mais rapidement de vieux démons trop longtemps endormis vont ressurgir. Une longue nuit d’insomnie, et les langues se délient entre mère et fille qui pour la première fois se disent les vraies choses. Tourbillon d’aveux, de révélations, de malaises, de vérités enfouies, cadencé par les cris d’Helena la sœur et fille handicapée, et de piquantes notes de piano.

Eva fait le procès d’une mère absente qui a toujours préféré mener une carrière trépidante plutôt qu’une vie de famille respectable. Une relation amour-haine où il n’y a qu’une seule vérité possible, sans pardon et sans échappatoire possible pour Charlotte. L’analyse de Bergman s’articule autour des faux-semblants qui cachent une immense douleur et tristesse : jusqu’à quel point pouvons-nous faire semblant d’aimer, d’être heureux, de vivre ? Jusqu’à quel point pouvons-nous supporter de se mentir à soi-même et aux autres ? De ses blessures, de ses erreurs, de sa maladresse, Charlotte finit par se décrire elle-même comme un être égoïste, puéril et peureux.

Chacun des personnages vit profondément seul dans sa propre prison intérieure. Charlotte affronte la souffrance qu’elle a semée, Eva se meurt à feu doux de l’absence de sa mère, de son amour passé, et de son enfant ; Viktor, son mari tente de lui offrir un amour dont elle est incapable ; et Helena hurle à la mort son chagrin sans toujours réussir à se faire comprendre. Devant leurs choix et leurs actes, Bergman interroge ses êtres en perdition : vivent-ils ou existent-ils ?

Dans un décor austère et sans couleurs, les deux comédiennes, Andrée Lachapelle et Marie-France Marcotte, se répondent dans la douleur avec une extrême justesse et sensibilité. La mise en scène de Marcel Pomerlo est simple et délicate, elle respecte avec une grande attention l’univers «bergmanien». Sa lumière douce et intime découpe parfaitement dans l’obscurité la détresse brute des personnages. Merci au groupe de la Veillée de nous replonger pour les uns et faire découvrir pour les autres cette grande oeuvre de Bergman.

Ingmar Bergman, premier cinéaste à obtenir la Palme des Palmes au Festival de Cannes en 1997, a réalisé en 1978 Sonate d’automne, film doublement oscarisé l’année suivante (meilleure actrice - Ingrid Bergman et meilleur scénario - Ingmar Bergman).

 

 

Sonate d’Automne
d’Ingmar Bergman
Du 26 au 14 mai 2011
Au Théâtre Prospero
1371, rue Ontario Est
Informations et réservations : 514 526.7288

 

Pour en savoir plus :
http://www.laveillee.qc.ca/
saison10-11/sonate.html

Photo : Jean-François Bérubé

Vidéo : Olivier B.

 

 

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