Royal du Perron
Mardi, 18 janvier 2011
par Royal du Perron

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Tom à la fermeTom à la ferme

Tom à la ferme : au royaume du mensonge


Tom (Alexandre Landry), un publiciste métrosexuel, se rend aux funérailles de son amant, sur une ferme isolée de toute civilisation.  Il rencontre d’abord la mère, Agathe (Lise Roy), exemple parfait d’aveuglement volontaire. Puis, ce sera Francis (Éric Bruneau), le fils aîné qui deviendra son bourreau. Ici, le système judiciaire n’a rien à voir avec la réalité des choses.  Seule existe, la loi de l’homme, improvisée, cruelle,  insensée. 

 

 


La plus récente création de Michel-Marc Bouchard nous amène donc dans l’univers étouffant (au sens propre comme figuré) de ce qu’on trouve parfois chez les gens déphasés, peu importe où ils habitent. Cette fois, nous sommes chez des agriculteurs vivant à des années lumière des réalités du monde évolué.  L’auteur n’exagère pas tellement en étalant au grand jour cette folie d’une mère fermant les yeux sur le passé homosexuel du fils cadet décédé.   Quant à l’aîné, il connaissait le secret (lire la honte) de famille, il exige de Tom, le veuf éploré, le mensonge perpétuel afin de préserver les apparences. Sa menace est sérieuse, gestes à l’appui  : s’il dévoile sa vie commune avec le défunt, c’est la peine de mort.


En traitant du mensonge face à l’homosexualité, Bouchard universalise son propos. C’est partout sur terre le même leurre, «si on n’en parle pas, ça n’existe pas.» Mais, si ce n’était que cela… L’abîme dans lequel le spectateur est plongé, est peuplé de divers fantômes, sadiques ou meurtriers, selon les humeurs du tortionnaire.  Presque deux heures sur le qui-vive, à savoir qui survivra à cette guerre meurtrière… c’est un bien long suspense.


Une tapette : un régal pour les coyotes

 

Tom à la fermeTom à la ferme


Dans ce bled perdu, les tapettes, on leur déchire le visage (on entre ses deux mains de brute dans la bouche et on tire très fort), on défigure sadiquement, pour la bonne cause.  Ils sont comme «ça», ils méritent qu’on les martyrise. Puis, on les tue avant de les jeter aux coyotes qui les bouffent jusqu’à la dernière miette.  C’est la loi de la jungle : on élimine les indésirables sans ménagement, à la manière du sheriff de Coyuca.


Comme dans tous les circuits fermés, cette ferme-prison deviendra vite aliénante et le pauvre Tom tombera rapidement dans le syndrome de Stockholm.  De brefs désirs charnels, plus ou moins réciproques entre les deux hommes, donnent un aspect ironiquement ludique à cette pièce qui porte son lot de contradictions. Un décor minimal se résume à quelques meubles et des murs coulissants en bois de grange.  Une composition musicale de Philippe Brault résonne magnifiquement dans cette nouvelle salle de théâtre. La mise en scène de Claude Poissant est habile et parfois inventive.

 

Tom à la fermeTom à la ferme


Cette création de Michel-Marc Bouchard, présentée en première mondiale se laisse voir à divers degrés tellement les matériaux utilisés sont riches en juxtaposition des textures.  La pièce fait vivre au spectateur empathie, colère, inquiétude… et j’en passe. Lors de moments drôles, on rit avec  une certaine retenue comme si le contexte dramatique l’interdisait. Vers la fin de la pièce, arrive Ellen ou Sara (Èvelyne Brochu), amie complice de Tom, dans un rôle d’abord ambigu puis, aux contours bien dessinés.


Mensonges, sur mensonges, sur mensonges.  Est-ce que la vérité ne pourrait éclater au grand jour ? Après avoir lu les confidences de son fils, écrites à l’âge de 15 ans, Agathe, brisera le carcan dans lequel sa famille monoparentale s’était enlisée.  Brève lueur d’espoir menant vers l’équilibre mais Tom, plein de rancœur, voudra régler ses comptes.  La pièce a été écrite comme une sorte d’urgence. On sait qu’il faut changer les préjugés tenaces mais jamais radis ne poussera plus vite si on tire dessus. L’auteur aura le large mérite de réveiller les endormis car ici le spectateur se fait joliment bien secouer, même au- delà de la représentation.


Alexandre Landry joue de façon inégale mais laisse voir un bon acteur en devenir, Lise Roy aurait pu féminiser davantage cette fermière au cœur desséché. Par ailleurs, j’ai aimé le travail d’interprétation impeccable d’Éric Bruneau (viril et séduisant) et celui d’Èvelyne Brochu (féminine et rigolote), cette dernière apportant une bouffée d’oxygène dans cette atmosphère pour le moins suffocante. 


Il aurait fallu abréger, resserrer tout cela et n’aborder que l’essentiel. Une fois compris les mécanismes de manipulation, est-il nécessaire de souligner à gros traits rouges ?


À la tombée du rideau, les comédiens ont eu droit aux applaudissements polis d’une salle restée assise.

 

 


Tom à la ferme, de Michel-Marc Bouchard, avec Alexandre Landry, Lise Roy, Éric Bruneau et Èvelyne Brochu dans une mise en scène de Claude Poissant.


Au Théâtre d’aujourd’hui jusqu’au 5 février. Trois supplémentaires sont annoncées : 30 janvier, 8 et 9 février.


Pour en savoir plus : http://theatredaujourdhui.qc.ca/

 

Photos :Valérie Remise

Vidéos : Mario Landerman, Théâtre d'aujourd'hui

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