Royal du Perron
Mardi, 15 mars 2011
par Royal du Perron

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Toxique

Toxique : l’angoisse de vivre


Trois ans après les douloureux événements du 9/11, Hélène, une femme de classe moyenne, magnifiquement incarnée par Élise Guilbault, est agressée par une substance chimique lancée à sa figure dans un autobus de banlieue.  Basée sur un fait vécu, l’auteur Greg MacArthur en fera une pièce où se mêlent la réalité et l’illusion, le réel et l’invention, la lucidité et la folie.  Les indices et les témoins de l’attaque sont peu nombreux : qui croire?  Pourtant la police ne ferme toujours pas le dossier malgré le manque évident de preuves.


Une banlieue tranquille, ce n’est pas la le métro de Londres à l’heure de pointe. On aurait pu mieux choisir le lieu pour une attaque terroriste. «On n’est pas au Moyen-Orient, on n‘est pas à Beyrouth, personne ne revendique la responsabilité de quoi que ce soit ici.» 

  
Mais la banlieusarde souffre beaucoup.  À l’hôpital, on lui donne son congé car on ne lui trouve aucune maladie.  Pendant son absence, le mari, campé par l’excellent Guy Nadon, avait déplacé les chandeliers; pour l’épouse fragile, c’est le drame. Des amis l’invitent à une surboum : «Des huîtres et du tango ? Sais pas.» Elle n’a pas faim, n’aime rien, ne veux voir personne. Son mari attentionné ne sait plus comment lui plaire.  La pauvre souffre.  Du mal de vivre.  De l’attaque qu’elle a subie.  Du possible débalancement de son organisme. 


C’est toujours hasardeux de faire des comparaisons mais l’immense talent d’Élise Guilbault rappelle celui de Dyne Mousso, particulièrement dans les rôles d’une grande fébrilité comme c’est le cas ici.


La vie pourrait être tellement simple pour cette famille de classe moyenne mais tout se compliquera encore plus à l’arrivée des enfants-rois, super égoïstes, totalement étrangers à la douleur intense de leur mère.  Le fils (Benoît Drouin-Germain) à qui le père paie un appartement en ville et sa cadette (Sophie Vajda) qui fait du bénévolat en Afrique, elle aussi grâce au fric du paternel.  La montée dramatique est construite de façon à encercler le spectateur dans un univers schizophrène dont il ne pourra plus se libérer qu’à la tombée du rideau.  Le fils se drogue avec les médicaments de sa mère, crie à son père de se la fermer, la fille veut soulager la misère algérienne alors qu’elle ne voit pas le bateau couler dans sa propre famille. 


La docteure incarnée par Sylvie de Morais représente la société straight dans laquelle on vit; «je ne l’ai pas vu : ça n’existe pas.»  Un sixième personnage vient ajouter un peu d’oxygène dans ce climat anxiogène : une femme douce, généreuse et compréhensive joliment bien jouée par Monique Spaziani.

La mise en scène de Geoffroy Gaguère, d’une grande efficacité, économise les moyens et la mise en place tout en mariant judicieusement le texte magnifique de MacArthur et la musique remarquable de Philippe Brault.  La ligne est parfois mince entre mythe et réalité. Un spectacle qui donne à réfléchir sur les idées préconçues et les préjugés d’une société en constant mal de vivre.

 

 

 

 

Le Théâtre d'Aujourd'hui présente Toxique jusqu'au 26 mars 2011.

 

Pour en savoir plus : http://www.theatredaujourdhui.qc.ca/toxique

 

Photo : Valérie Remise

Vidéos : Mario Landerman, Théâtre d'Aujourd'hui

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