Mario Landerman
Mardi, 20 avril 2010
par Mario Landerman

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Trans(e)

Trans(e) : Le plastique versus l’organique.

 

Que penser de la nouvelle production du Théâtre Péril?  Je suis allé à la première…pour en sortir complètement dérouté.


Christian Lapointe, jeune homme aux multiples talents n’est pas à son coup d’essai dans ce genre de théâtre alternatif.  Il fut entre autres le metteur en scène de Shopping and F***ing, de Mark  Ravenhill, de même que l’auteur d’Anky ou la fuite / Opéra du désordre, présenté au Théâtre d’Aujourd’hui l’année dernière.


Trans(e), c’est l’histoire d’un transsexuel.  Jusque-là, c’est banal.  Mais là où ça le devient beaucoup moins, c’est d’exposer le conflit continuel entre le contenant versus le contenu.  Ce que nous sommes, par rapport à comment les autres nous perçoivent.


Avouons-le, un transgenre est difficile à classer, pour une société avide d’étiquetage sous toutes ses formes. Ni tout à fait un homme, ni tout à fait une femme, où commence la féminité et où s’arrête la masculinité?  Voilà autant de questions qui dérangent les bien-pensants.


J’espérais avoir réponses à toutes ces questions en allant voir la pièce.  Malheureusement, c’est le contraire qui s’est produit.  Je me suis interrogé davantage et très peu de mes questions avaient rapport avec le sujet apparemment traité.  Certains diront que c’est le propre du théâtre de susciter des questionnements ! Enfin…

 

Trans(e)

 


Cela suggère entre autres des dons d’empathie de la part du spectateur.  Mais comment se sentir solidaire du personnage principal, lequel est représenté par une poupée gonflable?  Qu’on le veuille ou non, le regard se sent agacé par cette incongruité, même si l’on peut comprendre le but poursuivi par Christian Lapointe avec sa pièce.   En effet, il voulait que le propos, plus orienté sur la perception identitaire et sociale, présente une forme de scission avec le personnage.  Dans ce cas, pourquoi s’embarrasser du personnage principal?  Pourquoi ne pas faire un monologue de 50 minutes?  Est-ce parce qu’on ne pourrait plus appeler cela du théâtre?


L’émotion était plus palpable lorsque Lapointe et sa comparse Maryse Lapierre sont apparus, nus, sur scène, dans un des moments forts de Trans(e).  La livraison de leurs textes à mon avis n’a pris son sens qu’à partir de ce moment-là.  Même si ce genre de texte peut parfois donner l’impression de toujours revenir au point de départ, on ne pouvait qu’écouter, et être plus impliqués dans le propos des acteurs.  Au-delà du texte, on ressentait plus d’empathie pour les deux acteurs, que pour ce sac de plastique aux vagues allures humaines. 


Trans(e) est une pièce qui apporte un message pertinent à une société qui en a bien besoin.  Mais l’exécution pour la livraison du dit message laisse à désirer.  C’est dommage, car le potentiel est là, et pourrait même pousser plus loin.


Trans(e) reprend du service à Québec, jusqu’au 1er mai.  Pour les amateurs de théâtre expérimental, il peut s’avérer intéressant d’entendre ce que Christian Lapointe a à dire.  Pour les autres, qui affectionnent le théâtre plus classique, vous risquez d’être aussi déroutés que je l’ai été, lors de la représentation au Théâtre d’Aujourd’hui.

 

Trans(e), de Christian Lapointe.  Mise en scène de Christian Lapointe.  Avec Christian Lapointe et Maryse Lapierre.  Une production du Théâtre Péril

 

Pour en savoir plus : http://www.theatredaujourdhui.qc.ca/transe

http://www.theatreperil.com/

 

Photo : Yan Turcotte

Dessin : Mathilde Corbeil

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