Royal du Perron
Jeudi, 12 novembre 2009
par Royal du Perron
 

Une maison face au nord

Une maison face au nord : un must


Quand Henri Simard monte sur sa «montagne», il lève le menton.  Et, sur la pointe des pieds, regarde au loin lacs et forêts, un pays beau à l’infini, un pays qu’il aurait voulu sien.  Michel Dumont, qui campe ce personnage phénoménal, presque plus grand que nature, livre encore une fois une performance remarquable sous l’habile direction de la metteure en scène Monique Duceppe.  


Toujours présent sur scène lors de la première partie, il vivra toute une gamme d’émotions : querelles de ménage, douceurs, colère face au fils tricheur qui fait la manchette (un émule de Vincent Lacroix), questionnements, rêveries, accueil d’abord hostile, puis mitigé et presque chaleureux des immigrants, espoirs, tendresse, désespérance de voir un jour cette contrée devenir sienne.  

Une maison face au nord


La butte, une colline qu’il a acquise et qu’il appelle la montagne,  sera son havre de paix, lieu des réflexions sacrées, cathédrale de tous les non-dits. Quel acteur, ce Dumont.  Les scènes se succèdent à un rythme soutenu et toujours il nous embarque dans son rêve tout éveillé, dans sa démesure, dans sa douce folie.


À ses côtés, sa femme, campée par une Pauline Martin que je n’avais encore jamais vue dans un tel rôle.  Une mère de famille toute simple, généreuse, qui gère la famille avec le gros bon sens.  C’est elle qui porte les culottes. mais elle sera amèrement déçue de sa progéniture.  Elle se retourne donc vers d’autres enfants pour s’assurer des jours plus heureux.  Elle est bouleversante, lorsqu’elle demande à son employé guatémaltèque:  «Si tu veux amener ta femme au restaurant, un soir, tu m’amèneras les enfants».  Tout est dit dans cette simple réplique : le drame de l’existence est étalé ici au grand jour. Elle fuira la solitude en se dévouant encore pour une autre marmaille car elle sait que donner, c’est recevoir.

Une maison face au nord


Les autres acteurs sont aussi à la hauteur... Les deux enfants du couple,  joués par Geneviève Bilodeau et Jean-Sébastien Lavoie incarnent leur personnage avec sobriété : ils disparaissent presque totalement devant la stature carrée de la matriarche.  Harry Standdjofski offre des moments très drôles dans la peau du Polonais mal dégrossi et Marcelo Arroyo est touchant dans celui de l’ouvrier latino. 

Une scénographie minimaliste permet d’enchaîner les scènes en un temps record gardant intact le fil de l’histoire.   Allez-y, vous verrez une histoire attachante, des acteurs fabuleux, de grands moments de théâtre.  Vous en sortirez le cœur rempli d’espoir.


Une maison face au nord se situe parmi les meilleures pièces présentées cette année.


Au Théâtre Jean-Duceppe, PDA : Réservations : (514) 842-2112 ou www.laplacedesarts.com

 

Pour en savoir plus : http://www.duceppe.com/accueil.asp


Photos : François Brunelle

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