Sébastien Dion
Jeudi, 2 avril 2009
par Mario Landerman

Affiche

Walk-in : squelettes dans le placard?


Walk-in : Rangement.  Se dit d’une pièce de rangement assez grande pour en permettre l’entrée et d’y marcher.   (Courtoisie de : Cambridge Advanced Learner's Dictionary)


Walk-in est une création du Théâtre de l’Affamée.  Lors de sa première mouture, deux actrices interprétaient les quatre personnages que devait comporter la version retravaillée, présentée au théâtre Prospéro.  Lors du festival Fringe 2007, les auteures Marie-Claude St-Laurent et Marie-Ève Milot recevaient le prix du meilleur texte francophone pour cette pièce qui a fait du chemin depuis ses débuts.


La pièce joue sur deux niveaux.  Au premier, on trouve Lis (Marie-Claude St-Laurent) et Iris (Marie-Ève Milot) discutant, qui du deuil de son amoureux, qui de l’infidélité du sien.  Tandis que, dans le placard, se cache deux entités fantasmagoriques, la Mère et la Voyagiste.  Ces deux personnages confronteront Lis et Iris à leurs démons, leurs attentes et leurs peurs.  Le tout avec un romantisme quelque peu suranné qui teinte la pièce de couleurs pastels comme les robes de scène de nos héroïnes.  Robes qui m’ont fait tiquer au début car la pièce parle de jeunes femmes modernes, lesquelles s’habillent de façon plus branchée que ces vêtements venus d'un autre âge.

Marie-Claude St-Laurent et Marie-Ève Milot


La fin du XXe et le début du XXIe siècle ont vu l’émergence de nouvelles réalités pour les femmes.  Une de celles-ci est le passage de la cuisine au fameux walk-in, où parfois tout se joue dans une vie amoureuse, le temps de changer de robe ou de chaussures.  De nos jours, on change d’homme comme de blouse, d’amies comme de sous-vêtements, sans réaliser l’instabilité que tous ces changements procurent.  Et quand on s’en aperçoit, il est souvent trop tard.


On  apprécie alors mieux la pièce à un second niveau, grâce aux personnages de la Mère (Diane Ouimet) et de la Voyagiste (Lili Gagnon).  Plus des symboles qu’autre chose, chacune représente des qualités et des défauts fondamentaux.  La Mère se spécialise dans des départements que d’aucuns reconnaîtront, soit la culpabilité, la force de l’engagement et l’amour inconditionnel.  Ou serait-ce plutôt conditionnel?  La Voyagiste, quant à elle, fait du plaisir un thème central de son personnage.  Elle ne le boude pas, et le laisse savoir.  Mieux, même; elle en vend. 


Au fur et à mesure que la pièce se déroule, on voit le duo se matérialiser de plus en plus dans la vie des deux jeunes femmes.  Si bien qu’éventuellement, les deux héroïnes retiendront quelque chose de ces fragments de leur inconscient, et reviendront à des considérations plus terre-à-terre.


Cette pièce est faite par des femmes, pour des femmes.  Mais même un homme peut prendre plaisir à suivre l’évolution des quatre actrices.  Et, ce faisant, comme nos héroïnes, y retenir quelque chose.  Et c’est bien là que la pièce excelle, selon moi.  Une pièce qui porte à réflexion, c’est toujours bienvenu.


Walk-in ou Se marcher dedans
À la salle Intime du théâtre Prospéro, jusqu’au 4 avril
Avec Diane Ouimet, Lili Gagnon, Marie-Claude St-Laurent et Marie-Ève Milot.

Photos : Inconnu

©2009, zoneculture.com. Tous droits réservés.