16 janvier 2008 par Royal du Perron


Parole et Libertés – Bourgault : engagement et contradictions

Télé-Québec a présenté récemment un documentaire sur le célèbre indépendantiste Pierre Bourgault, décédé en juin 2003.  C’est Manuel Foglia qui a réalisé le film produit par les Productions J.  

À la mort du prodigieux tribun, j’avais publié une lettre dans La Presse me joignant au concert d’éloges louant son engagement et sa détermination. Et sans complaisance, j’estimais alors qu’il aurait dû prendre sa retraite un peu plus tôt car il était devenu grincheux, nourrissant publiquement des disputes avec d’illustres journalistes. Et chaque matin, il s’étouffait magistralement en ondes à CBF, comme le reconnaît Marie-France Bazzo dans le documentaire.  Un peu de fatuité, un brin de vanité;  à l’heure du cocktail, il appelait ses amis pour des conversations parfois anodines qui pouvaient prendre une heure ou deux et cette coutume était indispensable à la préservation de l’amitié !

L’action politique de Pierre Bourgault eût été bien différente – lire considérablement plus productive - si René Lévesque n’avait pas été là.  Le président du Parti Québécois d’alors – devenu une icône politique dont il est risqué de dire du mal –   s’est appliqué à lui mettre des bâtons dans les roues et à l’humilier tout au long de sa vie. Bourgault en a souffert.  Il a tiré le diable par la queue et c’est un adversaire, le libéral Robert Bourassa qui trouvera du travail au citoyen devenu depuis peu assisté social.  On le sait, professeur à l’UQÀM, Bourgault a eu comme étudiants les gars de RBO et Guy A. Lepage témoigne de son amitié et aussi de la complicité qu’il avait établie avec le maître qu’il a fréquenté jusqu’aux dernières heures de sa vie. 

Claude Préfontaine, un ami de toujours témoigne également dans le film.  Il nous a raconté d’une voix émue les liens qui l’unissaient à lui.  Louise Picard, co-fondatrice du Rassemblement pour l’Indépendance Nationale, (veuve du comédien Yvon Thiboutot) témoigne également de la souveraine complicité vécue au fil des ans avec le disparu.  Louise Latraverse, Jacques Godbout, François Tassé, Andrée Feretti et René-Homier-Roy, des proches, sont parmi ceux qui racontent leur expériences avec Bourgault. Ces gens contribuent à pastelliser les couleurs du tableau.

Un peu de complaisance

Dans le portrait d’un homme public, on n’interroge pas que les amis.  Si on avait invité Michel Vastel, (leur querelle était pourtant publique), peut-être le tableau se serait-il assombri quelque peu…  Car, les derniers mois de sa vie, Bourgault le provocateur encensait la gauche caviar et prenait de longs moments d’antenne pour relater les péripéties d’un cochon se baladant en trottinette dans les rues du Plateau, ce qui horripilait autant l’intelligentsia que les gens en région.  

 «Nous avons une des meilleures bureaucraties au monde», écrivait Bourgault. C’était dans son livre Moi, je m’en souviens (1989), si je ne m’abuse. Sa vie durant, il a vanté cette bureaucratie qui contrôle et paralyse et que tous condamnent ouvertement. Mais de cela, on ne parle pas dans le documentaire.

Une sortie bien orchestrée

Pierre Bourgault aimait les coups d’éclat et il n’a pas raté le dernier : des obsèques athées télédiffusées en direct depuis le plus beau temple catholique romain montréalais, dont la nef réunissait autant les alliés et que les adversaires politiques. 

Si vous avez manqué Parole et libertés – Bourgault, le documentaire sera éventuellement remis à l’antenne de Télé-Québec qui détient les droits de diffusion jusqu’en 2012.  Malgré tout, ce documentaire vaut d’être vu car il relate de belle façon la mémoire d’un homme, et parallèlement celle d’un peuple.

Pour en savoir plus, ZoneCulture vous invite à visionner ces quelques entrevues exclusives.


Xavier Debreuille, relationniste, Benoît Clermont, vice-président aux Affaires juridiques, Guylaine Brisebois, productrice et Julie Snyder des Productions J entourent Manuel Foglia, réalisateur de Paroles et Liberté - Bourgault, présenté à Télé-Québec.

Dernière heure : Parole et libertés sera présenté dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois, à la la salle de l'ONF à Montréal, le 18 février 2008 à 18h.

Vidéos et photo : Mario Landerman