Royal du Perron
Lundi, 14 mars 2011
par Royal du Perron

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Naufragés des villes

Naufragés des villes : une série percutante, sensible, nécessaire


Sa barbe était d’argent comme un ruisseau d’avril.
Sa gerbe n’était point avare ni haineuse ;  
Quand il voyait passer quelque pauvre glaneuse :
« Laissez tomber exprès, des épis » disait-il.

Victor Hugo (Booz endormi)  

Depuis quelque cinq semaines, RDI présente, dans le cadre de ses Grands Reportages, Naufragés des villes, une série documentaire consacrée aux plus démunis de la société : les sans-abris, les assistés sociaux, les travailleurs au salaire minimum, c’est-à-dire, les plus pauvres d’entre nous.


D’accord, ce n’est pas le sujet le plus populaire, encore moins le plus sexy.  Pourtant, à moins de vivre à Westmount (et encore), on a des pauvres autour de soi. Avec Naufragés des villes, non seulement on vit à proximité d’eux mais on entre carrément dans leur vie.


Une dramatisation non fictive


Pour les besoins d’une reconstitution, les producteurs ont offert à deux citoyens bien nantis de vivre l’expérience durant deux mois, soit ceux de mai et juin 2010.  Encore chanceux que ce ne fut pas janvier et février car là vraiment, ils n’auraient probablement eu aucun volontaire.  

 

Naufragés des villes
Emmanuelle Chapados et Pierre Côté

 

Pierre Côté de Québec, 53 ans, et Emmanuelle Chapados de Moncton, 27 ans, deux belles personnes que la vie a choyées ont accepté de vivre l’expérience. Une expérience parfois pénible mais aussi enrichissante pour les deux cobayes.  Le 1er juin 2010, ils ont quitté leur ville respective pour se rendre en routard à Montréal. Se loger, se nourrir, se déplacer avec si peu d’argent n’est pas une mince affaire. Il faut utiliser les ressources disponibles (refuges, soupes populaires, banques alimentaires…) et surtout faire preuve d’ingéniosité. Même que la production a failli perdre Pierre Côté, lorsque son deuxième chèque a été coupé après un travail au noir. Indigné, le quinquagénaire a crié toute sa misère en plein écran. Trop, c’est trop.


Institutionnaliser l’indifférence


La famille, souvent monoparentale, qui vit deux ou trois fois sous le seuil de la pauvreté, n’a plus rien à manger le 20 du mois.  C’est récurrent, mensuellement, il y a des ventres creux aux Québec. Dans nos médias, on s’étonne parfois que les citoyens ne viennent pas en aide à un voisin ou un proche dans le besoin. Normal, nous ne voulons pas les voir : pour toutes sortes de raisons, nous avons institutionnalisé l’indifférence.


Quand on songe à toutes les primes de départ, de centaines de milliers de dollars versées à des fonctionnaires plus ou moins efficaces, on peut déplorer l’injustice. C’est sans compter les nombreux gaspillages bureaucratiques et les pertes faramineuses des argents publics dans les paradis fiscaux, commissions d’enquête inutiles, etc.  Il y a de l’argent au Québec et au Canada mais est-il judicieusement utilisé?  Vous souvenez-nous, dans les années 60 et 70, Pierre-Elliott Trudeau gargarisait ses discours d’appel à la justice sociale ? Discours qui a été repris par de nombreux élus par la suite.


En libération conditionnelle


Selon Nicole Jetté du Front commun des personnes assistées sociales, personne ne choisit d’être assisté social. Quand il signe une demande d’admission, le citoyen doit renoncer à sa vie privée.  Il autorise les ministères à se transmettre tous renseignements utiles sur sa personne.  De plus, «le b.s.» doit se rapporter tous les mois car il est en résidence surveillée. La militante conclue : cette personne est «en libération conditionnelle.»


Des personnalités bien connues et appréciées du public (France Castel, Pierre Verville, Judi Richards…) ayant vécu ou étant sensibles à la problématique, agissent comme narrateur pour chacun des épisodes d’une heure.


Pourquoi donc nos gouvernements, toutes formations politiques confondues, ne font rien pour aider davantage le citoyen démuni et lui redonner un peu de sa dignité perdue ? Pierre Verville tente une explication. Parce qu’ils savent que les plus démunis n’ont pas de voix. Il n’y a rien de plus facile que de frapper quelqu’un qui est déjà par terre. Pourtant, chacun devrait savoir, surtout nos élus, qu’on ne tire pas sur une ambulance, c’est la décence la plus élémentaire. La série glisse ça et là des statistiques surprenantes : en 2008, 795,000 Canadiens ont eu recours à une banque alimentaire.



Naufragés des villes, une série documentaire sensible parfois teintée d’humour. Une émission rafraichissante parce qu’elle montre la réalité des êtres et des choses. Une série nécessaire qui a su s’éloigner du misérabilisme, mettant en relief la solidarité sociale des groupes communautaires. Radio-Canada aurait intérêt à la rediffuser au cours de l’été car cet hiver, elle est présentée en concurrence avec deux téléromans qui grugent une bonne partie de l’auditoire.  Suite à sa participation, Pierre Côté a publié un livre : Parenthèse, deux mois d’errance urbaine (Fides), nous y reviendrons. Malgré sa rage d’avoir vu son chèque coupé, le participant semble parfois avoir fait sienne cette pensée d’Anatole France : «Le pauvre sans désir possède le plus grand des trésors; il se possède lui-même.»


La série Naufragés des villes est une idée originale et une production d’Isabelle Vaillancourt et Marc St-Onge dont le travail a été maintes fois salué aux populaires Prix Gémeaux. Une série percutante, sensible, nécessaire, comme on en voit trop peu souvent.
Sur RDI, les lundis 20h; rediffusion les samedis 21h30 jusqu’à la fin mars.


Pour en savoir plus : http://radio-canada.ca/naufrages
http://www.fides.qc.ca/livre.php?id=448

 

Photos : Radio-Canada

Vidéo : Mario Landerman

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