4 janvier 2008 par Mario Landerman


Le Bye Bye de RBO cuvée 2007

Un futur classique?

Comme une bonne partie de la population québécoise (2 475 000 téléspectateurs le 31 décembre et 1 387 000 le lendemain), j'ai regardé cette institution du 31 décembre au soir qui s'appelle le Bye Bye.  Pour nos lecteurs étrangers, il s'agit d'une parodie de l'année qui vient de finir, sous forme de capsules, de sketches et  de chansons.

On peut carrément parler d'une institution au Québec.  En effet, bien avant le festival Juste pour rire et ses galas, de nombreux humoristes de la première heure ont brillé de tous leurs feux dans ces émissions annuelles.  Les Cyniques, Dominique Michel et Denise Filiatrault, Olivier Guimond, Louise Forestier et bien d'autres surent nous faire rire d'une année souvent mauvaise, et nous faire espérer une meilleure année suivante.

Au cours de la dernière décade, le Bye Bye sombra lentement, surtout dû à l'intense travail que cela représentait pour les comédiens et humoristes.  Cette institution télévisuelle est tellement ancrée dans nos habitudes, que les rares tentatives de remplacer le Bye Bye furent des demi-échecs.  On se rappellera (ou on préférera oublier, c'est selon) Bonne année Roger, en 1981, et de celui qui fut appelé Ceci n'est pas un bye bye, animé par Véronique Cloutier, en 2003.

En 2006, Rock et Belles Oreilles reprennent le flambeau.  Et on constate alors avec joie pour leurs fans, mais avec dépit pour leurs victimes, que le groupe n'a rien perdu de son humour décapant.

Et le Bye Bye de 2007, qu'en est-il?  Très bon.  Malgré les quelques dérapages dont je vais parler plus bas.

D'abord, le meilleur.  Certains sketches de ce Bye Bye deviendront des classiques.  Je pense à Hérouxtyville, la parodie du Banquier devenu le Caissier, la Conne-mission Bouchard-Taylor, la FasterCard avec sa porte-parole qui, non contente de rouler en  tabarnak, nous a faits crouler de rire par la même occasion.  Et que dire du bulletin de nouvelles de TVYA?  Du bonbon pour tous ceux qui en ont ras-le-bol de la convergence des médias que représente Québecor Média.

D'autres sketches étaient de moins bon goût, quoique tout aussi drôles, comme le jeu Kerplunge, le caucus de Mario Dumont, et le déménagement de Céline.  Ces gags m'ont plu, et plairont aussi aux téléspectateurs qui ont le sens du ridicule, et admettent une pointe de vulgarité ou de mauvais goût dans leur humour.

Il y a aussi les voeux à la nation de notre future reine du Québec, Pauline Marois.  Un exemple d'un gag moyen, mais qui est racheté par les petits détails.

Et parlant de détails, une chose qu'on ne peut enlever à RBO, c'est le constant souci du fignolage.  Il y a autant de gags discrets que de sketches.  À ceux qui l’ont engeristré, je suggère de regarder attentivement le panneau derrière les faux Bouchard-Taylor, ainsi que de suivre l'animation du décor dans le gag sur l'Afghanistan.

Par contre, on ne peut faire une revue de l'année en satire sans manquer sa cible à quelques reprises.  Les gags les plus poches de ce Bye Bye sont à mon avis ceux qui impliquent des chanteurs, comme Frédéric de Grandpré, ou encore Marie-Nai.  Un gag vraiment mou est celui impliquant Jean Charest et le « Yoptimou ».

RBO ont fait la part belle aux collaborations spéciales, dont la plus notable est sans contredit Véronique Cloutier, à qui on découvre de plus en plus des talents de comédienne.  Sa caricature de Julie Snyder est à s'y méprendre.  Les anciens membres de RBO ne sont pas oubliés, tels Richard Z. Sirois et Chantal Francke, qu'on retrouve dans deux gags.  Pierre Brassard et Julie Perreault furent excellents en Denys Arcand et France Beaudouin.

Une mention spéciale doit également être accordée à l'équipe technique de Radio-Canada, en particulier les costumiers, prothésistes, maquilleurs et perruquiers.  Du grand art dans plusieurs cas!

Un Bye Bye comme on les aime.  Mordant, parfois méchant, avec juste ce qu'il faut de vulgarité et de mauvais goût pour plaire à un vaste public.  J'ai déjà hâte au 31 décembre 2008!

Photos : Yves Renaud