Royal du Perron
Jeudi, 20 août 2009
par Royal du Perron
 

YGRECK

Quelle mouche a piqué Régis Labeaume ?


Le déplacement des Francofolies d’août à juin a semblé avoir piqué au vif le maire de Québec, lui qui l’an dernier,  s’était largement pété les bretelles, grâce au travail et au talent du directeur des Fêtes du 400e, Daniel Gélinas.  À entendre parler M. Labeaume, on aurait cru que la terre entière devenait la banlieue de la Capitale-Nationale.  La planète ne pouvait tourner qu’avec l’assentiment du premier magistrat de la Ville. C’est vrai qu’avec les nombreuses innovations, les records d’assistance aux festivités, le spectacle de Céline sur les Plaines et la venue de Sir Paul McCartney, il y avait matière à pavoiser.


Dans ce monde culturel québécois, tricoté serré, je suis toujours étonné de constater qu’on transforme une solidarité toute naturelle en chicane. Jadis, on appelait cela «guerre de clochers».  L’expression est vite revenue dans la bouche d’Alain Simard du Groupe Spectra, «le gros méchant», qui a daigné changer les dates de ses Francofolies sans demander la permission à quiconque, quoi qu’il semble en avoir touché mot au maire de Montréal, Gérald Tremblay. Alors, tollé de protestations un peu partout dans la ruche québécoise. Et comme l’événement reçoit des subsides de l’état, le dossier devient aussitôt politique.  Là-dessus, les ministres Nicole Ménard (Tourisme) et Sam Hamad (Capitale-Nationale) ont déclaré que les subventions accordées aux festivals devaient être révisées.  Alors que d’autres, comme Christine St-Pierre (Culture, Communications) et Pierre Arcand (Francophonie, Affaires internationales) ont fait appel à la conciliation.  De son côté, le premier ministre Jean Charest a laissé entendre que le dossier n’avait pas encore atteint le degré de putréfaction pour que le gouvernement s’en mêle. «On demande d’abord aux parties de s’asseoir et d’essayer de s’entendre», a-t-il déclaré en substance. Gageons qu’il y a aura beaucoup de travail politique «par en dessous» afin de trouver une issue honorable pour tous dans cette impasse devenue la risée d’un grand nombre de Québécois.


Les arguments de fond


Y a-t-il si peu de chanteurs, chanteuses et formations musicales dans toute la francophonie, l’Europe, le Maghreb, l’Afrique, les Antilles, les territoires français outre-mer... pour ne pouvoir programmer deux festivals différents à un mois d’intervalle.  Un peu d’imagination et la multiplication des contacts internationaux seraient de mise, dans les circonstances car il y a d’excellents artistes d’expression française partout sur la planète.  Autre chose, quand Québec a fondé son Grand Rire, il concurrençait directement le Festival Juste pour rire de Montréal, établi depuis longtemps, et personne ne s’est plaint, que je sache.  Cette absence de critique de Gilbert Rozon et du maire de Montréal était un signe de maturité.  Tout le monde joue du coude dans la cour des grands, cela fait partie de la «game». Alain Simard n’est pas plus sympathique qu’il ne le faut mais je ne crois pas que son  geste en fut un de «traîtrise» comme on l’a parfois suggéré.


Il y a deux ans, l’ineffable maire de Québec avait péremptoirement déclaré que si TQS fermait sa salle de nouvelles, elle n’était plus bienvenue dans sa ville, un ultimatum qui a fait sursauter Julien et Maxime Rémillard.  Cette fois, avec Alain Simard, le maire Régis Labeaume vient contredire l’expression consacrée : «Tes bébelles dans ta cour.»


À la grandeur du Québec, on se demande quelle mouche a bien pu  piquer M. Labeaume.  Quand Gérald Tremblay, le Maire de Montréal a approuvé la requête d’excuses formulées par le président du groupe Spectra au Maire de Québec, ce dernier a répondu ironiquement en montrant son œil. Gaminement, deux fois plutôt qu’une. Par sa désinvolture, son geste peu édifiant et son attitude revêche, le Maire de Québec a malheureusement réduit sa ville, normalement si belle et si fière, au rang de ville de province.  C’est difficile à dire mais c’est la triste réalité.

 

Caricature : YGRECK

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