20 juin, 2007 par Royal du Perron


Safari dans le désert marocain

« Le Maroc est un grand livre, pas un de ces bouquins poussiéreux et intimidant; un roman inépuisable où les récits sont traversés par les vents du surréalisme et du fantastique, et où la rationalité de la logique de la culture occidentale tourne en rond, où l’on perd ses moyens, jusqu’à ce qu’on se fatigue et qu’on abandonne, enfin, la prétention de tout comprendre, de tout expliquer.  » -         Tahar Ben Jelloun

        

Ce que dit l’écrivain cité plus haut, je l’ai ressenti profondément quand j’ai parcouru le désert marocain.


Les trois derniers sur la droite, Anne Normand de La Voix de l’Est,
Royal du Perron et le guide marocain Mustapha de Bo Voyages
(photo Fernand Deschênes)

Je faisais alors partie d’un voyage concocté pour la presse québécoise.

Après avoir effectué un vol de nuit Montréal/Casablanca sur les ailes de Royal Air Maroc, nous avons pris une correspondance – environ 50 minutes  - sur Agadir, sorte de petit Miami arabe et rendez-vous obligé des Français, des Allemands et des Scandinaves.

En ce début de juin, le climat est doux et agréable. Nous logeons à l’Agadir Beach Club, un quatre étoiles fort confortable, voisin immédiat du Club Med.

Le Beach Club est un magnifique complexe hôtelier de 450 chambres offrant une large gamme de services allant du tennis à l’hydrothérapie.  Ses somptueux jardins où l’on prend le petit déjeuner sont agrémentés d’arbustes à fleurs sous lesquels parfois de jolis petits félins observent discrètement les convives. 

On le sait, le Royaume du Maroc a été sous Protectorat français de 1911 à 1956, année où on proclama l’indépendance. Encore aujourd’hui, on y perçoit l’influence et l’expertise française. Gérants d’hôtels, ingénieurs, comptables et gestionnaires viennent de l’Hexagone et s’y installent avec leur famille.

Le comédien Serge Postigo raconte volontiers avoir grandi au Maroc alors que son père – un Français d’origine – dirigeait une orangeraie royale près de Taroudant.

Le pays berbère

L’expédition berbère débute au petit matin. Mon petit groupe se divise en trois et s’installe dans des véhicules 4 x 4 pour une durée de trois jours.  Nous nous dirigeons en direction sud-est, vers Tafraoute. Très vite, nous entrons dans la zone pré-désertique de l’Anti-Atlas.  Puis, soudainement, plus aucun commerce, que des paysages grandioses de dunes superposées, contournées par une route de sable qui se fait toute petite.

À Mqourn, nous sommes entourés d’arganiers, une espèce en voie d’extinction classée patrimoine mondial par l’Unesco. Fait inusité, les chèvres, qui n’ont rien à brouter ont appris à grimper dans le petit arbre  pour se nourrir de ses feuilles.  Bien sûr, les cartes postales illustrant ce repas insolite sont parmi les plus populaires.  L’huile d’argan, extraite des amandes, possède, dit-on, diverses fonctions thérapeutiques.

Nous reprenons la route  vers Aït Baha et effectuerons un arrêt pour le repas du midi qui se prendra chez l’habitant où on nous sert le traditionnel tajine précédé d’un délicieux potage aux carottes auquel on a ajouté une orange entière.  Le dessert sera composé de quelques fruits accompagnés d’une pastèque bien juteuse. On reprend la route et au hasard d’un vallon, une femme targuie apparaît, entourée dans des voiles d’un vert tendre.  Elle est véhiculée par un bel âne gris, dans la force de l’âge.  La caravane s’arrête et un chauffeur lui parle en berbère.  On nous permet de l’approcher et de la photographier.  Le sourire sera notre seul moyen de communication avec cette dame aux parfums d’Orient…

Nous atteindrons la médina de Tafraoute vers la fin de l’après-midi. Sur la place publique, un imam est entouré d’hommes en burnous ou gandoura.  On nous conduit à l’hôtel Les Amandiers, juché sur une colline surplombant la ville. Avec ses trois étoiles, (un luxe, en plein désert), l’hôtel, avec sa piscine,  m’apparaît comme une bénédiction. Curieusement, je ne suis pas fatigué.  Est-ce la qualité de la lumière où la synergie des montagnes qui me donne cette énergie ? Mais l’Occidental refait vite surface : une chambre climatisée, un bon lit, j’oublie les 2 000 ans d’histoire et je reviens au temps présent dans cet hôtel si agréable, N’est-ce-pas ici, d’ailleurs, qu’un certain Jacques Chirac a célébré avec sa famille, les fêtes de fin d’année en 1982 ?

Le deuxième jour d’expédition m’en dira davantage sur le pays des Berbères.  Selon notre guide, on compterait dans cette région du sud pas moins de 50,000 habitants, répartis sur 5,000 km2, pour un ratio de 10 âmes au km2.

Dormir à la belle étoile

Les maisons, toujours regroupées en petite bourgade, sont construites en pisé, un mélange de briques, de pierre et d’argile séchée au soleil.  Elles comportent de trois à quatre étages et elles ont l’apparence de gros blocs roses ou ocre.  Les minuscules fenêtres empêchent la chaleur d’entrer. Leurs toits plats permettent d’y aménager des terrasses, ce qui est bien pratique pour dormir par les chaudes nuits d’été.

Après un dîner dans une cour intérieure d’Amtoudi, on nous propose la visite impromptue d’une oasis à dos d’âne que je décline. Bien m’en prit : deux heures plus tard, quelques personnes du groupe, abasourdies, reviendront en marchant près de l’âne, par une chaleur torride.  C’est que la monture, bien que docile, offre un équilibre instable pour le novice. 

Mais ceux qui ont complété le parcours de 8 km ont été récompensés : outre le fait d’avoir vu une véritable oasis du désert, où vivent des touaregs comme il y a cinq siècles, ils se sont rafraîchis dans un étang nourris de sources et bordé de palmiers. En plein désert, c’est un miracle, comme seule Dame Nature sait en faire.

Le soir venu, nous logerons au Relais des Sables, un deux étoiles aux petites chambres mais avec piscine et cours fleuries.  Je ne sais si cela est dû au climat sec (toujours confortable) du désert mais jamais roses n’ont exhalé de parfums aussi exquis.

Le lendemain, en route vers Tioute et Taroudant, après avoir croisé des palmeraies séculaires, nous devons immobiliser les véhicules pour laisser traverser une bonne centaine de dromadaires se dirigeant vers un abreuvoir improvisé.  Notre chauffeur signale qu’un djamal peut boire jusqu’à 120 litres d’eau  et ne pas boire durant 40 jours. Sa bosse rapetisse lorsque sa réserve diminue. Ils sont là à quelques mètres de moi, dociles, marchant à la queue leu leu.  Les observer en liberté dans ce cadre naturel me procure une grande joie. Ces moments privilégiés à eux seuls valent le voyage.

Nous rejoignons Tioute pour le repas du midi que nous prenons cette fois chez le « préfet » du comté.  


Nathalie Sylvain, Anne Normand, Royal du Perron, Pierre Dionne et Michèle Richard

Dans une vaste salle rectangulaire bien décorée, mélange des genres avec des tissus orientaux aux fils d’or sur les banquettes et dalles mauresques aux murs, nous serons courtoisement  reçus par des domestiques, en l’absence des maîtres des lieux.


Le Maroc n’est pas exactement le pays où l’on peut suivre une diète,
à preuve cette mince tarte aux pommes individuelle
servie à chaque convive

Ali Baba 

En après-midi nous visiterons les ruines de la casbah, où l’on jouit du panorama d’une superbe palmeraie ainsi que du village en contrebas.  Des scènes d’Ali Baba et les quarante voleurs (1952) ont été tournées ici.  Plus au nord (région d’Ouarzazate), les paysages ont servi de décor au cinéaste David Lean dans son Laurence d’Arabie (1962), acclamé par la critique et classé chef d’œuvre.  

Signe que nous quittons peu à peu la zone désertique, nous traversons des champs verdoyants et des  oliveraies peu avant notre arrivée à Taroudant. 

Puis au Palais Salam, derrière les remparts, dans un salon au aux lourdes boiseries et aux verrières ciselées, on servira l’incontournable – et toujours délicieux – thé à la menthe accompagné de biscuits à la pâte d’amande. Avec sa piscine et ses luxuriants jardins emmurés,  comportant notamment une bananeraie, cet hôtel est très impressionnant.  On dit qu’il appartenait à un pacha du XIXe siècle.   Un regret, j’aurais bien aimé arpenter ces lieux teintés d’histoire et de mystère mais le groupe est conduit vers le souk local qu’on qualifie volontiers de Petit Marrakech. L’occasion de «marchander» des djellabas et des poteries magnifiques.

Un voyage dans le désert marocain, c’est toute une aventure. On reste imprégné par la beauté et l’immensité des lieux.  Je recommande ce voyage à tous les amoureux de belle et grande nature.  Surtout à ces gens qui n’ont pas besoin de trouver un McDonald’s à tous les coins de rue.  Ils vivront alors des instants privilégiés, des moments qu’ils n’oublieront jamais.

Ce reportage a été réalisé à la suite d’une invitation de Presse Conseil, Exotik Tours,  Royal Air Maroc, Bo Voyages et  l’Office national marocain du tourisme.

Photos : Royal du Perron